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Festival d'Avignon

18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 16:18

SUICIDE ARTISTIQUE

Quand Wajdi Mouawad en a ras-le-bol, ça donne Seuls, un solo enragé. A la recherche de sa propre identité artistique, le québécois propose un spectacle écrit par lui-même, pour lui-même. Puissant, cependant.

C'est au moment où sa carrière prend de l'altitude que Wajdi Mouawad décide de scruter son nid, tout en bas, quitte à avoir le vertige. Après avoir joué Seuls à Avignon cet été et avant d'y retourner en tant qu'artiste associé l'an prochain, le dramaturge d'origine libanaise se pose un mois en région parisienne, dans un Théâtre 71 rempli pour l'occasion. Seul, vraiment seul sur scène mais multiple, Wajdi Mouawad opère un retour sur lui-même aussi ambitieux que périlleux pour sa dernière création.



Seuls tient de la performance à plusieurs titres. D'abord parce que deux heures durant, l'auteur-metteur en scène-comédien tient son auditoire au creux de sa main pour lui raconter l'histoire de cet étudiant en lettres souffrant de ne pas trouver la conclusion de sa thèse sur Robert Lepage,un auteur de théâtre canadien. Ensuite parce que le bon Wajdi passe les trois quarts du temps de la représentation vêtu d'un simple caleçon moulant et d'une paire de lunettes, affrontant bravement le regard des pauvres spectateurs habillés par une bête convention. Performance enfin parce qu'avec Seuls, Wajdi Mouawad décide de revenir aux fondements de sa vocation d'artiste, une recherche implacable qui l'amène à se poser la question de son identité, entre relation au père tumultueuse et désir de retrouver les élans passionnés de l'enfance. « En ce moment, il est très difficile pour moi de poser un geste qui ne soit qu'à moi » dira Harwan, l'étudiant, à son père. Ce geste tant désiré, Wajdi Mouawad en a fait une pièce dont la débauche d'effets visuels pourra agacer, surtout dans la deuxième partie, après le moment clé de la  photo d'identité.

Régression


Après la densité d'un texte comme Forêts, Wajdi Mouawad trouve une tonalité plus légère, aérée, et introspective. Toujours onirique, bien que la pièce soit profondément ancrée dans le réel, il propose une sorte de réécriture du mythe de Peter Pan, ce garçon qui ne veut pas grandir. Dans Seuls, Harwan est déjà grand et veut retrouver la voracité créative de son enfance, quand il peignait sans relâche le ciel étoilé pour pouvoir compter les astres plus simplement. De beaux jeux de projections matérialisent cette scission d'un homme qui doit finir sa thèse pour aller de l'avant tandis que son subconscient le tire vers l'arrière, témoin ces ombres de lui-même qui l'invitent à les suivre dans leur monde.

Seuls restera une œuvre charnière pour Wajdi Mouawad, une pièce qui pouvait se passer de sa présence sur scène mais que lui-même ne pouvait pas ne pas interpréter tant son désir de régression dans le passé était un acte personnel.
Ce postulat admis, le spectateur acceptera plus facilement l'étrangeté de cette dernière pièce au regard des précédentes, et surtout les vingt dernières minutes plutôt éprouvantes qui voient le comédien accomplir son épiphanie dans une sorte d'explosion artistique.

Morgan LE MOULLAC (Paris)


Seuls
De Wajdi Mouawad
Au Théâtre 71 du 12 au 30 novembre
3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff
01 55 48 91 00
Mise en scène et interprétation de Wajdi Mouawad
Scénographie de Emmanuel Clolus
Eclairages de Eric Champoux
Dramaturgie et écriture thèse de Charlotte Farcet
Musique originale de Mikeal jon Fink
Costumes de Isabelle Larivière
Réalisation sonore de Michel Maurer

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2008-09
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