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Festival d'Avignon

23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 14:04

A LA RUSSE !

 

Volodia Serre adapte le texte peu connu d’un pamphlétaire russe pourtant de premier ordre, Nikolaï Erdman, admirateur et traducteur de Labiche dans un vaudeville où la comédie prend des allures de cauchemar, l’URSS de 1930 n’étant pas la France des années 1850. Une réussite multiple.

 

Ca démarre d’une envie de saucisson de foie au beau milieu de la nuit. Ladite marchandise, que Semione s’apprête à ingurgiter, est prise pour un pistolet par un témoin auquel il n’en faut pas davantage pour faire courir le bruit que ce pauvre chômeur, désœuvré de vivre aux crochets de sa femme, est le parfait candidat au suicide. Dans l’URSS des années 30, on vit dans des « komunalki » (appartements communautaires) et les nouvelles vont vite. Semion se voit proposer un grotesque défi : se suicider utilement, en endossant le rôle de martyr. Se succèdent alors chez lui tous ceux qui revendiquent une cause méritant cet auto-sacrifice.



 

La construction rappelle le vaudeville. Décliné sur le mode soviétique, il s’éloigne forcément des préoccupations burlesques des bourgeois labichiens pour ancrer le propos dans une revendication pamphlétaire d’où le rire omniprésent au départ se meut en tragédie humaine. Vaste delta référentiel qui va de Feydeau à Shakespeare, « Le Suicidé » œuvre d’un quasi inconnu peu prolixe (deux pièces), Nikolaï Erdman, ajoute à ces points d’ancrage occidentaux toute la tradition littéraire et théâtrale de la Russie. Semione, auquel Alexandre Steiger donne toute l’énergie du désespoir, fait immanquablement songer au Revizor de Gogol, au Raskolnikov de Dostoïevski ou encore à l’Ivanov de Tchekhov, dans ce mélange de folie, de démesure, de capacité à prendre dans l’air du temps ce qui fait de lui un lâche ou un héros.

 

Une très belle traduction

 

Mais les époques changent. Nous ne sommes plus à l’ère tsariste et la répression fait naître une dissidence qui donnera, paradoxe absolu, des œuvres géniales, d’Eisenstein (« Ivan le Terrible ») à Pasternak (« Jivago »). « Le Suicidé », en optant pour la farce, grotesque jusqu’au surréalisme, dresse un état des lieux des plus criants de vérité de ces existences réduites au néant par le laminoir collectiviste de Staline, quelques années avant la systématisation des purges des années 30. Apologie des masses aux dépends de l’individu, espionite aigue instiguée par la politique du petit Père des peuples sont au rendez-vous dans ce texte qui fourmille également de piques d’une triste drôlerie et que la traduction d’André Markowicz met magnifiquement en exergue.

 

Pour donner corps à cet univers multiforme, le metteur en scène a misé sur le mouvement quasi perpétuel, symbole de cette vie, ce « seul luxe ici-bas » cher à Brassens, qui sort grand vainqueur de ces affrontements. Mouvement induit par un décor unique et modulable à l’envi (un lit devient tribune, cercueil ou table à bachiques ripailles), une musique (du prolifique Jean-Marie Sénia que les ciné/TV mélomanes connaissent bien) mais aussi par des comédiens qui investissent les lieux avec rage et passion. L’ensemble de cette équipe effectue un sans faute et offre un spectacle d’une incontestable qualité, entre humour grotesque et hymne à la dissidence et, en fin de compte, pas si éloigné que ça des préoccupations quotidiennes de ce  début de XXIème prétendu ultralibéral…

 

Franck BORTELLE (Paris)



Le Suicidé

Texte : Nikolaï Erdman

Mise en scène : Volodia Serre

Avec Alban Aumard, Olivier Balazuc, Bruno Blairet, Laure Calamy, Philippe Canalès, Grétel Delattre, Delphin,

Noémie Develay-Ressiguier, Alban Guyon, Gaëlle Hausermann, Catherine Salviat (sociétaire honoraire de la Comédie Française)

Alexandre Steiger et le musicien Jean-Marie Sénia

 

Traduction André Markowicz

Adaptation Volodia Serre

Scénographie et costumes Marion Rivolier

Musique Jean-Marie Sénia

Lumières Kelig Le Bars

Son Jérôme Vicat-Blanc

Assistante à la mise en scène Pamela Ravassard

Régie Générale Fabrice Bihet et Guillaume de Smeytère

Aide aux costumes Séverine Thiébauld

 

Théâtre 13 – 103A boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris (métro Glacière)

 

 

Du 6 novembre au 14 décembre 2008

Le mardi, mercredi, vendredi à 20h30, le jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 15h30

réservations 01 45 88 62 22 (du lundi au samedi de 14h à 18h30, le dimanche de 13h30 à 14h30)

Non-voyants : audio description via casque les jeudis et dimanches entre le 18 septembre et le 5 octobre 2008

Durée : 2h15 sans entracte

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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