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Festival d'Avignon

9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 18:03
LES DOSSIERS DES SPÉCIEUX PÉDOPHILES

Une esthétique de l’horreur pour dénoncer l'infamie et la mauvaise foi des pédophiles. Un spectacle éprouvant et salutaire. Un théâtre au service des droits de l’enfant et de la réflexion des adultes.

On ne sort pas sans dommage de cette représentation conçue par Mikaël Serre. D’autant que tout y est cohérent, même dans la multiplicité des détails. D’autant que le mélange théâtre, vidéo, musique est dense, efficace, sans concessions face à une réalité impitoyable.


L’essentiel, ce sont ces réponses faites sur écran par des interprètes jouant le rôle de pédophiles filmés durant leur interrogatoire. Ces tontons gâcheurs d’enfance expliquent avec un imperturbable aplomb à quel point leurs victimes ne pouvaient être que consentantes, tant ils avaient à cœur le bien être des gosses.

L’écriture de leurs aveux - ou plutôt de leur disculpation - s’aventure dans des méandres langagiers, des réitérations, des détournements de sens, des incursions dans le cru, des circonvolutions vers la fausse pudeur. Le naturel apparent de leur voix rend les témoignages davantage insupportables. Les rapproche aussi des ces émissions où des individus livrent à la caméra des confessions intimes pour téléspectateurs avides de sensationnel, de fange, de déculpabilisation personnelle et s’accoutumant petit à petit à la banalisation des déviances.

Un réel renforcé

En contrepoint, deux comédiennes incarnent un chœur, des enfants, des mères… Elles énumèrent, attestent, inventorient. Aidées par un acteur, complice et maître de cérémonie, elles miment le quotidien. Elles pratiquent au surplus des rituels symboliques comme l’accrochage de mini poupées gonflables en forme de squelettes, la pratique du jeu de fléchettes, l’ensevelissement d’un bébé.

Encagoulés au début, à visage découvert par la suite, les deux musiciens polyvalents créent des climats. Ils utilisent indifféremment le mélodique ou les fulgurances du free jazz. Ils accompagnent sans illustrer ou couvrent les voix jusqu’à les rendre encore plus insoutenables. Ils semblent commenter les faits au moyen d’un langage sonore émotionnel.

Tout s’imbrique. Rien n’est indissociable, y compris les détails dont la signification reste confuse mais dont on pressent qu’ils ne sont nullement gratuits. Chacun, sur scène, se livre à fond, passant de la dérision au tragique, de l’outrance à l’intériorisation. À la salle de recevoir les coups et de cogiter au sujet de sa machinale perception de la violence.

Michel VOITURIER (Lille)

Vu les 4 et 5 décembre à la Rose des vents de Villeneuve d’Ascq à l’occasion du festival eurométropole Next 001 ( www.nextfestival.com ).


Requiem pour un enfant sage
D’après « T’as bougé » de Franz Xaver Kroetz (L’Arche)
Traduction : Pascal-Paul Harang, Mikaël Serre
Conception, mise en scène, vidéo : Mikaël Serre
Assistanat à la mise en scène : Ana Prislan
Distribution : Olav Benestvedt, Sanja Buric, Julie Biereye, Thierry Levaret, Christophe Paou, Elina Lowensohn, Maxence Tual, Jean-Luc Vincent
Dramaturgie : Jean-Luc Vincent
Musique : Sébastien Brun, Nicolas Stéphan
Lumière : Marek Lamprecht

Production : Made in production
Coproduction : La rose des vents (Villeneuve d’Ascq)
 
Photo © Mikaël Serre

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Published by Michel VOITURIER - dans En Région 2008-09
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