LE COUPLE COMME UN COMBAT
« L’Occident » est une pièce écrite par Rémi De Vos, auteur dramatique dont le travail d’écriture évoque souvent les questions de lutte et de conscience sociale. Dag Jeanneret a mis
en scène ce texte interprété par Stéphanie Marc et Philippe Hottier, la pièce s’est jouée dernièrement au théâtre d’O à Montpellier. Une façon particulière de raconter l’insoutenable dans le
couple, ou ailleurs.
Pour mémoire, «
Occident c’était aussi un groupuscule d’extrême droite des années 60, des nostalgiques de l’Algérie française et de la collaboration dont le maître à penser était
l’écrivain fasciste Robert Brasillach, fusillé à la Libération… » précise Dag Jeanneret.
A ce rappel, s’ajoute le surprenant travail d’écriture que celui mené par Rémi De Vos dans cette pièce si effrayante, qui semble nous poser une question de frontière, de limite. Tous les soirs,
un homme rentre soûl chez lui et raconte sa soirée à sa femme. En réalité, il subit un interrogatoire. En toile de fond la société occidentale et ses travers : le racisme, l’indifférence, la
violence, la lâcheté, auxquels s’ajoutent la souffrance, la jalousie et la suspicion des personnages.
Au coeur de ce sombre tableau, les deux comédiens interprétant ce duo d’insultes farci de reproches et de provocations verbales est plus qu'éloquent. La mise en scène est sobre, bleue et froide.
Le dispositif scénique permet au public de choisir de se placer au plus près du drame.
Deux êtres au physique banal pour leur âge s’affrontent. En vérité, ce couple n’a pas d’âge. Ou plutôt l’interrogation porte sur l’empreinte du temps nécessaire pour en arriver là, c’est-à-dire à
ce stade. Rien ne les harmonise, enfin ils ne font rien pour s’arranger. Ces deux là ont bien plus à faire dans la prison névrotique de leurs pulsions.
Elle d’abord : négligée, attentiste, questionne. Un peu comme une mère déchue prise au piège de l’obsession du retour, de l’angoisse de l’absence. Lui est toujours fautif, puis à son tour
interrogatif, comme en demande. Il voudrait pourtant se libérer mais il est malgré lui ce chien blessé errant et ordurier : il aboie sans cesse après cette autre, ce miroir.
La question de la chute
Il deviendra au fil des tableaux cet enfant compulsif mendiant l’amour. Il sera tour à tour le bourreau et sa victime piégé par l’insupportable. Elle connaît tout de lui et de ses
failles. Surtout, elle sait faire jaillir la haine comme un cri d’amour jeté sur l’impuissance. Il est de ceux qui connaissent l’excessive ivresse, celle qui ronge le plus humain dans l’humain,
lui supprime sa liberté. Sa langue laisse retentir de violentes menaces contre ses chaînes. L’amour le ronge. Il le hurle à la mort. Elle en devient sadique. Il en est paranoïaque. Ils sont
adroits à laisser cet enfer perdurer. Le disque livre en boucle cette agonie. C’est l’échec.
Il a tout d’un asocial. Elle a tout d’une exclue. Un constat est celui de l’impossible suite, de l’inaccessible fuite. Ils endurent tous les deux leur enfermement. Ce dernier symbolise d’ailleurs
pour l’auteur l’essoufflement de l’Occident. Face à tant de noirceur, le rire est une issue : la solution possible. Et ça fonctionne. Voilà une pièce remarquablement jouée parce qu’au fond si
difficile à entendre.
Christelle ZAMORA (Montpellier)
Au théâtre d’O
Les 21, 22, 23, et 24 octobre 2008
Auteur : Rémi DeVos
Distribution et mise en scène : Dag Jeanneret
Avec Stéphanie Marc et Philippe Hottier
Espace scénique et costumes : Cécile Marc
Création Lumières : Christian Pinaud
Régie générale : Jean-Marc Speisser
Régie son : Bertrand Sombsthay
Administration et production : Véronique Do Beloued
Jocelyne Arbona
Production : Cie In Situ (Béziers), associé à Sortie Ouest, Domaine départemental de l’Hérault
Co-production : Théâtre d’O-Conseil général Hérault
Avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon
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