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Festival d'Avignon

5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 21:49
DERIVE DES SENTIMENTS SUR FOND DE CONFLIT

Dans ce diptyque mis en scène par Flavio Polizzy au Théâtre du Hangar de Montpellier courent les bruits de notre monde actuel : ses guerres qui telles des volcans font irruption. Le titre de cette création est tiré du texte de Salah Al Amdani, poète iraquien exilé en France depuis la dictature de Saddam Hussein. C’est un peu l’histoire d’une rencontre...

A travers Un monde qui s’efface, texte de Naomi Wallace, les horreurs d’un combat armé côtoient la poésie arabe contemporaine. Puis on entend la douce mélodie de deux êtres qui tentent de s’inventer un possible dans un présent trempé de blessures, ce sont Les amants de Bagdad, de Jean Reinert.


Au commencement, un décor fait de deux panneaux tapissés d’un crépis blanc, grisâtre par endroit, comme des façades de maisons, semble signifier la ville. L’ombre et la lumière juxtaposées créent un demi couvre-feu. Une cage à oiseaux, des livres et des planches sont placés ça et là, à même le sol.  Dans ce décor nonchalant vient d’abord un homme qui porte affection aux oiseaux : c’est son histoire sentimentale, à lui. Il songe à sa bibliothèque où jusqu’alors, l’Orient et l’Occident se côtoyaient pourtant.

Très vite, il évoque la misère, la pénurie générée par la guerre du Golfe. Dans ce monologue, il parle des êtres chers qui occupent sa mémoire. Peu à peu, le récit du conflit grandit jusqu’à l’ultime description de l’horreur dans les corps mutilés. Alors tout bascule : le passé, le présent et la connaissance. Puis soudain, de ce chaos jaillit la guerre, un enfer, un hurlement.

Enfin, un bruit de fond, celui d’un avion, précède un silence rompu par les cordes d’un Oud. Puis une voix off, assurément celle de Jean Reinert, convoque l’histoire dans un autre contexte : celui de la guerre imminente qui pèse sur Bagdad.

Elle apparaît presque biblique, toute de blanc vêtue : cette étudiante en lettres qui aimera bientôt ce Palestinien. Elle vient avec ses doutes posés sur ses lèvres rouge grenat. Il arrive avec ses interrogations comme autant de possibles largués dans les yeux de sa belle, fardés de khôl. Le récit est fort de mystères et de profondeurs comme le sont les poètes Adonis, Samih al-Quassim et Mamoud Darwich, pour ne citer qu’eux.

Puis des temps ennemis déchirent le ciel, le visage de Georges Bush apparaît dans un livre et la ville hurle à la mort. Pourtant l’amour est si fort que l’hostilité qui l’entoure s’en trouve amoindrie. Ici la guerre n’est même pas un bruit de fond, elle est en eux, gravée par éclats dans leurs angoisses existentielles. Dans ce duo, où jamais les êtres n’entrent dans un dialogue direct, l’histoire de Bagdad déjà aux mains de l’ennemi devient une ombre menacée. Ce diptyque est comme deux feux accolés et contraires où cheminent la vie et la mort. Mais la frontière est fragile : l’amour fantasmé se déchire, il doit fuir pour survivre au conflit. Son idéal n’en est que plus figé dans une réalité cruelle.

Le plus beau, c’est que Flavio Polizzy convertit toute cette réalité sans lourdeur, comme une fresque parcourue par les blessures de temps modernes, où se fait encore entendre la voix off de temps plus anciens. Les comédiens Abder Ouldhaddi et Astrid Cathala n’entrent pas dans le piège d’un lyrisme trop expansif. Ils sont d’autant plus vrais que leur émotion reste toujours contenue dans ce nuage de pudeur que la poésie des textes impose d’elle-même.


Christelle ZAMORA (Montpellier)

 
En tournée en Italie à Turin au « Teâtro Baretti », la compagnie présentera en janvier 2009 : « Aller simple » chroniqué par Rue du Théâtre en novembre 2007 et Bagdad mon amour, diptyque.


Au théâtre du Hangar
Du 14 au 25 octobre 2008

Création au Théâtre du Hangar

Une production de la compagnie Amédée

D’après « Un monde qui s’efface » de Naomi Wallace
Texte français de Dominique Hollie
Les amants de Bagdad de Jean Reinert

Adaptation de Flavio Polizzy
Avec Astrid Cathala et Abder Ouldhaddi



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Published by Christelle ZAMORA - dans En Région 2008-09
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