SOUS LE BURLESQUE, LA TRAGÉDIE…
Oyez, oyez, bonnes gens, la banale et tragique histoire d'un père qui voulait (mal) le bien de sa fille et qui attira la Camarde sur la famille… Comme une complainte moderne sur fond
d'accordéon, cette histoire est racontée à la façon des feuilletons populaires.
Voici chronologiquement égrenées toutes les étapes d'une vie de merde et les déboires d’un père. Veuf, il s'est mis en tête de prendre en charge l'éducation de sa fille Jennifer et celle du chien
Fricadelle, suivant des principes personnels bien arrêtés. Il ira jusqu'à la dépression par suite de perte d'emploi, au pétage de plombs par suite de révélation d'un nouvel emploi (gourou), au
suicide en prison suite à "l’emploi de la force et rébellion"…
Il l'avait prédit : "la vie est une maladie" et il n'en est pas sorti vivant. Mais ce qu'il n'avait pas prévu, c'est l'infernale "répétition de l'histoire"…
Cru et truculent : bégueules et précieux s'abstenir…
Sous le gros rire se cache une révolte profonde contre le sort des paumés de la vie et si Véronique Stas a appelé son "héros" Albert Lambert, c'est que, à Liège, Lambert est le patronyme qui
équivaut à Smith ou Martin ailleurs. Auteure et comédienne, elle a osé "le local" brut de brut - paradoxalement universel cependant ! - accents compris, rapports rudes non exclus,
soutenue par son vieux complice Charlie Degotte à la mise en scène.
Son écriture est, pour elle, indissociable, et de l'actualité, et des acteurs dont elle induit l'interprétation une langue savoureuse : soit pour des clins d'œil à l'actualité du coin, soit pour
des proverbes détournés façon terroir et autres jeux locaux avec les mots.
Avec l'ingénieux dispositif scénique en tourniquet (qui fait penser à la grande foire d'octobre liégeoise), les protagonistes sont d'abord montrés tels des monstres forains, immobiles, avant que
se déroulent les étapes animées du "tourbillon de leur vie". Traversé d'une paroi en illusion d'optique qui recèle de multiples ouvertures, il permet en outre de situer les lieux divers des
actions "extérieurs/intérieurs": cuisine, rue, bar, prison….
Dans un rythme sans faiblesse, les cinq acteurs se partagent douze rôles, de Véronique Stas, impayable "chez Suzy" comme en cellule psy, à François Bertrand qui nous donne de Fricadelle,
"personne" la plus sensée de la bande, une composition canine parmi les meilleures d'un emploi… qui se répand sur nos scènes belges cette saison.
Particulièrement symbolique, Philippe Grand'Henry/Albert Lambert, incarne le père, et ensuite le fils, de Sophie Jaskulski/Jennifer, soit l'infernale répétition de malheurs en forme de cercle
vicieux pour cette fille et l'illustration des destins préprogrammés des "pas de chance"…
Beaucoup plus qu'aux Deschiens auquel un certain look kitch d'ensemble, et la présence… d'un chien ferait penser, on pourrait plutôt y voir la proximité de l'"univers pitoyable" de
Tronchet, plus naïvement cruel, celui de la BD, avec ce carrousel de tableaux-saynètes, comme autant de cases d'un album à feuilleter. Mais la patte Véronique Stas-Charlie Degotte est unique en
son (mauvais) genre !
Suzane VANINA (Bruxelles)
"L'Affaire Lambert"
Texte : Véronique Stas
Mise en scène : Charlie Degotte, assisté de Xavier Schaffers
Scénographie : Johan & Johanna Daenen
Interprétation : François Bertrand, Philippe Grand'Henry, Sophie Jaskulski, Véronique Stas, Patrick Waleffe
Musique, interprétation musicale : Patrick Waleffe, Karine Germaix
Lumière :Manu Deck
Costumes : Lady Violette
Maquillages, moulages : Dominique Brevers
Création : "Aucun Mérite"
Coproduction : Théâtre de la Place (Liège)/Théâtre Le Public (Bruxelles).
Du 3 au 31 décembre 2008 au Théâtre Le Public (0800.944.44 –
www.theatrelepublic.be )
Photos © M.F.Plissart
Parole de lecteur