LA PÉDAGOGIE DU MASSACRE
Est-il possible d’être un ex-enseignant devenu conseiller pédagogique loin de la pratique quotidienne du terrain et de rester lucide? D’habitude, la réponse est négative. Avec Pierre Mathues,
elle est positive car sa critique humoristique des dysfonctionnements du système éducatif fait mouche.
Seul en scène, Mathues catalyse le malaise des profs face à l’évolution des élèves, face aux cascades de décrets contradictoires émis par le(s) ministère(s) de l’éducation. Il a pris le parti
d’en rire non pour se moquer mais afin de mieux faire ressortir les absurdités pédagogiques enrobées d’une phraséologie pédante, administratives engluées dans une paperasserie tatillonne,
hiérarchiques qui grèvent le quotidien des «maîtres» et les poussent à la grève…
Il ne se gêne guère pour montrer également les manies, les tics, les ridicules de certains de ses anciens collègues. Il n’en oublie pas pour autant ni la tyrannie et l’incompréhension des parents
d’élèves parfois en total désarroi, ni la désinvolture ou l’agressivité des ados. Ce qu’il parvient à prouver, entre deux éclats de rire, c’est que rien ne fonctionne plus vraiment bien dans une
institution dont le rôle est capital pour la cohérence future d’une société si elle persiste à vouloir être démocratique.
Plutôt le caustique que l’encaustique
En dehors d’un ou deux brefs moments qui semblent insérés uniquement pour donner un autre rythme au spectacle ou pour jouer avec une complicité au premier degré avec le public habitué à l’humour
télévisé, tout sonne juste. Ses publicités du début destinées à attirer les jeunes vers le métier, sont impitoyablement caustiques. Son questionnaire des paradoxes qui séparent l’objectif
poursuivi et la réalité du terrain n’épargnent nullement les contradictions d’un système inadapté.
La correction des copies, les emplois du temps, les voyages scolaires, la confection des bulletins, le contenu parfois ténu des formations, les conversations en salle de profs… sont autant de
sujets abordés. Les procédés sont variés, du soliloque à l’apostrophe, du dialogue avec une bande son ou des figurines et des interventions de spectateurs. Le tout dans un style café théâtre
plutôt enlevé.
Michel VOITURIER (Bruxelles)
Vu à la Fabrique de Théâtre, rue de l’Industrie à La Bouverie le 19 décembre 2008
Silence dans les rangs !
Texte, interprétation : Pierre Mathues
Mise en scène : Jean-Louis Danvoye
Musique, décor sonore : Thierry Wathelet
Décor : Gilbert Libon
Production : Centre culturel (Herlaimont) ; Fabrique de Théâtre (La Bouverie) ; Insolent.be
En tournée : le 2 février 2009 au Centre culturel, 91/92 rue de Locht à Schaerbeek (00 33 (0)2 245 27 25 -
www.culture1030.be) ; le 9 mars à la
Fabrique de Théâtre de La Bouverie (00 33 (0)65 613 460) ; le 2 avril au Centre culturel, rue du Marché à Dour (00 33 (0)65 761 847)
Photo © Marie-Luce Grandjean
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