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Festival d'Avignon

10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 11:32

COMPLOT DE FAMILLE


Jean-Pol Dubois conduit magistralement son Harpagon sur les sentiers du tragique sans en gommer pourtant la force comique qui déclenche des rires. Grace à une mise en scène sobre et moderne et des comédiens fort bien dirigés, Molière est plus contemporain que jamais.


Le décor n’aura pas coûté cher. Du sable sur toute la scène, au beau milieu de laquelle un rectangle de sol et une chaise rafistolée. Cette économie de moyens invite le spectateur à concentrer toute son attention sur ce qui se joue dans cet espace réduit assimilable à un ring de boxe (comme en témoignent les derniers instants dont la dimension tragique va en laisser K.O plus d’un) ou une référence très directe au film « Dogville » de Lars von Trier.



Cloisonnés sans cloison, les personnages le sont tous : les enfants embastillés par la sacrosainte morale chrétienne du patriarcat, Harpagon enfermé dans son avarice pathologique, Maître Jacques prisonnier de la bonne décision à prendre et de celle qu’il prendra. Leur seule échappatoire possible reste alors le vice. La pingrerie, le vol, le mensonge.


Une tragédie humaine


« L’Avare » n’est pas seulement cette comédie loufoque et agitée dont Louis de Funès avait proposé l’une des multiples lectures possibles. Nicolas Liautard  met en lumière la face la plus cachée de ce complot de famille, jouant sans cesse sur le tragicomique des situations. En ce sens, la pauvreté du décor rejoint celle des costumes, sombres et décatis. Et si le rire domine pourtant, n’est-ce pas davantage parce que nous sommes en terrain connu (est-il nécessaire de rappeler l’intrigue de « L’Avare » ?) que grâce aux éléments vraiment drôles du propos ? Le deus ex machina qui permet un des plus fameux happy end de l’histoire du théâtre n’empêche pas la célèbre pièce de Molière de résonner comme une tragédie humaine.



C’est cette dimension que Jean-Pol Dubois propose dans une éblouissante interprétation d’Harpagon. Plus dans le vide existentiel qu’il se crée à force d’avaricieux agissements que dans la bouffonnerie drolatique et grimaçante, il confère à son Harpagon une tonalité pathologique. Et la maladie, on le sait, n’est jamais drôle. Les autres comédiens, surtout du côté masculin, réussissent à exister face à ce monstre de la scène qu’est Dubois et insufflent un vrai rythme à l’ensemble de ce spectacle dont il faut noter aussi le parti pris de la modernité dans la scénographie. Pirouettes, acrobaties, mais aussi accessoires tels que poste radio, cigarettes et briquets vont en effet, autant que les costumes plus proches de l’univers des zazous désargentés que des perruqués au nez poudré du XVIIe siècle, ancrer cette excellente adaptation dans notre quotidien. Et tout cela, par la simple magie d’un metteur en scène inspiré qui, bien sûr, ne touchera pas un mot du texte original. Toute son originalité est là…


Franck BORTELLE (Paris)


L’Avare

De Molière

Mise en scène : Nicolas Liautard assisté de Vincent Wallez

Scénographie : Nicolas Liautard et Damien Caille-Perret

Lumières : Pascal Sautelet

Costumes : Elise Baldi

Régie générale : Jürg Häring

Avec Jean-Yves Broustail, Eddie Chignara, Marc Citti, Jean-Pol Dubois, Nelly Froissart, Lazare Herson-Macarel, Wolfgang Kleinertz, Nicolas Liautard, Célia Rosich, Marion Suzanne.

Théâtre  d’Ivry Antoine Vitez, 1 rue Simon Dereure, 94200 Ivry (Métro : Mairie d’Ivry)

Du 5 janvier au 1er février 2009, les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20 heures, les jeudis à 19 heures, les dimanches à 16 heures.

Durée : 2h10

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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