QUAND LA BANLIEUE POETISE
Cette adaptation au théâtre d’un roman à succès sur la vie dans les cités propose un agréable moment scénique où deux jeunes comédiens parviennent à donner du relief à un texte difficile qui,
sans éviter l’écueil de certains poncifs, se pare de jolies envolées.
Grézi et Yaz sont deux potes, deux « frères », à la vie à la mort. L’un est beur, l’autre est black. Leur univers, leur horizon : les tours de leur cité où ils mènent une existence chaotique avec
comme compagnes quotidiennes la mort, la came, les armes… Cette amitié va pourtant revêtir un aspect inattendu.
Si, dans le fond, le sujet n’est pas foncièrement très nouveau, avec le thème archi rebattu dans tous les morceaux de rap et au cinéma (de « La Haine » à « L’Esquive ») du déterminisme tragique
qui colle aux baskets des jeunes des cités, la forme propose en revanche de jolies trouvailles, de séduisantes envolées lyriques.
Prison sans barreaux
La présence du narrateur (que campe le très charismatique Salim Kechiouche qui endosse aussi le rôle de Yaz) va permettre au propos de prendre un certain recul par rapport à la réalité, notamment
discursive, des banlieues. Il s’exprime au passé simple, les phrases ont une belle ampleur et poétisent habilement le propos. Le dialogue ne sera pas non plus une succession de termes en style
sms ou en verlan, apanage des cités. Les rares intrusions dans ce sabir hermétique seront traduites avec une certaine drôlerie. Le but n’est pas d’assourdir le spectateur ni de le laisser en
rade. Au contraire, ces deux jeunes le prennent par la main pour lui raconter une histoire. Leur histoire.
La construction circulaire du texte, métaphorisant l’enfermement des personnages dans leurs prisons (réelle ou pas), est relayée par une mise en scène où le choc des mots vire à
l’inéluctable. Une scène rectangulaire comme une chambre de geôle (ou un ring de boxe) sert d’unique décor à cette histoire. Les personnages y (sur)vivent, au gré de leurs souvenirs. Souvenirs
d’amours déçues, de famille déchirées par la mort d’un proche.
Les deux comédiens s’emparent de ce texte avec fougue. Si Salim Kechiouche est un très convaincant Yaz, force sera d’accorder le satisfécit à son partenaire Tony Mpoujda. Il est un Grézi criant
de vérité, masse de muscles dont les fêlures se lisent à livre ouvert. Le duo fonctionne très bien et offre un moment finalement plutôt rare au théâtre. Celui d’une réalité dont les échos
lointains nous parviennent souvent. Elle est à la Boutonnière pour quelques jours encore. Si loin, si proche.
Franck BORTELLE (Paris)
De Rachid Djaïdani
Mise en scène : Habib Naghmouchin assisté de Cédric Mérillon
Eclairage : Julien Kremesky
Décors : Jean-Paul Dewynter
Costumes : Cécile Naghmouchin
Graphise : Vincent Pesci
Théâtre de la Boutonnière, 25 rue Popincourt, 75011 Paris (Métros : Saint-Ambroise, Voltaire, Bréguet-Sabin)
Du 06 au 31 janvier 2009 à 20h30 tous les jours sauf dimanche et lundi
Réservation : 01 47 00 25 20
A la Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris (Métros : Couronnes, Parmentier, Saint-Maur)
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