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Festival d'Avignon

2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 23:26
SURVIVRE AU DÉSESPOIR ABSOLU

1945. La guerre se termine. Les camps de concentrations se vident. À Paris, elle attend le retour espéré de son mari. Elle est déchirée entre le vide de l’absence et l’incertitude de la revoyure. Elle exprime une infinie douleur bouleversante.

Ne pas parler d’une performance d’acteur. Non. Ce que réussit Dominique Blanc dans ce monologue de Marguerite Duras est d’un autre niveau. Elle parvient à habiter ce texte écorché et à en restituer la densité humaine. Elle s’empare de ces pages de journal intime afin d’en faire confidence à toute une salle.


Étroitement associée à la mise en scène de Patrice Chéreau, elle incarne des sentiments universels. Elle transmet des émotions fondamentales. Elle donne l’impression de ne pas jouer, alors même qu’elle maîtrise voix et gestes. C’est dire à quel point, sur un plateau quasi nu (hormis une table côté cour et quelques chaises côté jardin), sa seule présence transmet l’émotion vécue par l’écrivaine.

Le drame intérieur se déroule à travers des mots ordinaires, des phrases apparemment sans apprêt. L’écriture, en effet, devient littéraire dans la mesure où elle correspond exactement au mouvement profond d’une attente obsessionnelle, parsemée de conditionnels, remplie d’espérance autant que de doutes et de scepticisme.

Au cœur de l’humain

Voir revenir des prisonniers libérés dans l’état où la barbarie nazie les a poussés est un calvaire. Imaginer l’absence définitive parce que les morts sont plus nombreux que les survivants est une désolation ouverte sur l’envie de suicide. La solitude enveloppe ce tiraillement permanent.

Accepter ensuite l’épave ramenée à domicile dans un état proche de l’agonie, dans un délabrement qui trouve néanmoins la force de lutter, constitue une épreuve plus considérable. Elle contraint celle qui aime à percevoir l’objet de son amour se dégrader au-delà même de l’animalité. Elle mène le corps et l’esprit à des réactions de rejet, de regret d’avoir espéré pour en arriver à ce point de déshumanisation sans issue apparente.

L’attention portée par le metteur en scène et son interprète à la potentialité du moindre geste, de la plus petite mimique leur donne une densité charnelle palpable. Le choix parcimonieux de déplacements crée l’espace, suggère les lieux du dehors. La volonté d’éviter des effets superflus de voix, y compris dans les cris, met le spectateur en demeure d’accompagner cette femme de désarroi.

 Nous voici loin d’une émotion suscitée par l’usage approprié d’une technique. Nous voici au cœur d’une compassion contagieuse. Et la dernière réplique qui exprime un retour à la vie laisse encore mieux passer un échange dont la résonance se poursuit hors de la salle. Cela demeure, en la mémoire, un grand moment de vrai théâtre, union efficace de la vie et de l’art.

 Michel VOITURIER (Bruxelles)

Vu au Manège à Mons le 26 janvier 2009 (Festival de Liège – Alternatives théâtrales)   
La Douleur
Texte : Marguerite Duras (Gallimard, 1993)
Mise en scène : Patrice Chéreau assisté de Thierry Thieu Niang
Interprétation : Dominique Blanc

Production : Les Visiteurs du Soir

En tournée : le 28 janvier 09 au Théâtre des Quatre Saisons, Parc de Mandavit à Gradignan ; les 30 et 31 janvier au Théâtre, 2, Av. Maximin Isnard à Grasse ; les 01 et 02 février au Théâtre, boulevard Georges Clemenceau  à Arles ; le 03 février au Théâtre Molière, avenue Victor Hugo à Sète ; du 5 au 7 février  à la Comédie, 3 chée Bocquaine à Reims ; les 10 et 11 février au Théâtre, place Jacques Brel à Sartrouville ; les 18 février à l’Espace des Arts, 5 B av. Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône ; le 20 février au Théâtre, av. des Maréchaux à Angoulême ; les 23 et 24 février, les 9 et 10 avril au Théâtre de la Croix-Rousse, Place Joannès Ambre à Lyon ; le 25 février au Théâtre à Chassieu ; le 28 février au Théâtre à Bale [CH]; le 03 mars au Grand Angle à Voiron ; le 13 mars au Théâtre, 45 rue François Rabelais à Perpignan ; le 20 mars au Théâtre, Rue du Languedoc à Cavaillon ; les 22 et 23 mars à L'Espal 60-62 rue de l'Estérel à Le Mans ; du 25 au 28 mars à La Comédie, Rue Abbé de l'Epée à Clermont-Ferrand ; les 30 et 31 mars en l’Espace Malraux, Parc des Bretonnières à Joué-lès-Tours ; le 02 avril à L'Hexagone, 24 rue des Aiguinards à Meylan ; les 04 et 05 avril au Théâtre national, Square Jean Vauthier à Bordeaux ; le 21 avril au Théâtre Monsigny, rue Monsigny à Boulogne sur Mer ; les 27 et 28 avril au Théâtre national à Luxembourg [L].

Photo © Carole Bellaiche
 

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Published by Michel VOITURIER - dans En Europe 2008-09
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