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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 00:45

ATRABILIAIREMENT VOTRE

 

On le sait depuis toujours, Alceste a un foutu caractère. Pourfendeur d’hypocrisie,  fugitif de la société, amoureux fou de la frivole Célimène, mais avant tout de sa liberté et de sa langue bien pendue, le misanthrope est le spécialiste de la réplique à rebrousse-poil qui tue. Plaçant notre rabat-joie à notre époque, Enrico Di Giovanni mène de front le rôle-titre et une mise en scène d’une intelligente modernité.


Il faut le dire d’emblée, Le Misanthrope n’est pas la pièce la plus facile du répertoire de notre cher Jean-Baptiste. Il ne faut pas faire l’erreur d’y emmener son jeune neveu en goguette dans la capitale et lui dire d’un ton gourmand : « Tiens mon petit, je vais te montrer ce qu’est un Molière sur scène ! ». Et de voir le malheureux perdu corps et biens dans le verbe poquelinien pendant plus de 2 heures. Oh non, Molière n’a pas eu la langue aisée pour son atrabilaire amoureux. N’espérez point saisir chaque subtilité de la prose si l’état grippal ou les bras de Morphée vous guettent. Le Misanthrope est un plaisir qui se mérite, un peu comme une interminable phrase de Proust dont on sort victorieux après une torture intellectuelle. On peut cependant compter sur le talent de la Compagnie du Plateau pour nous débroussailler le verbe récalcitrant.

 


Le mot et le jeu, mais pas pour tout le monde…

 

Un décor à dominante noire avec méridienne en peau de vache accueille une Célimène nonchalante, sexy, coquette. Sur un fond de jazz, entourée de prétendants aussi superficiels que grotesques, la belle tient salon tandis que dans l’ombre, un Alceste bouillant d’amour et de cynisme observe d’un œil méprisant les défauts de l’humanité. La pièce démarre pour un marathon de 2 heures où les piques, les bons mots d’Alceste, la sagesse philosophe de son ami Philinte, joués tous deux avec panache, les joutes verbales entre médisants s’entrecroisent, se combattent, le tout dans une peinture socioculturelle au ton très actuel témoignant de l’intemporalité de la pièce. Après tout, rien n’est plus moderne que l’imbécilité dans toutes ses formes. Les siècles passent, l’homme est toujours autant exaspérant et attendrissant dans ses défauts.

 

Bien sûr, on sourit toujours un peu lorsque l’on se voit entendre d’un personnage, téléphone portable à la main : « Je dois vous laisser, mon carrosse m’attend ! » et d’imaginer un taxi parisien en double file. Mais peu importe, le mambo très caliente de Célimène résume sa personnalité pétillante pour mieux contraster avec la morgue phrastique d’Alceste « Puisqu’en humains vous vivez en vrais loups, Traîtres, vous ne m’aurez de ma vie avec vous » et pourtant balance entre son amour pour l’insouciante Célimène et son désir de fuir cette trop imparfaites société des hommes. Balancer, vous dites ? Ah, là, là, si votre bien-aimé neveu studieux aura bien saisi le sens, ce n’est pas hélas le cas pour tout le monde. Un « Oh, zy-vas ! Il l’a traité d’balance, là ! J’suis choquée ! », survenu des profondeurs de la salle, rappelle que les mots ont changé et qu’un petit coup de Poquelin nous remet du Molière dans la tête pour mieux nous remémorer l’origine du sens. Et d’en apprécier son essence. N’en déplaise aux réformateurs fous qui, supprimant le latin dans nos écoles, oublient que savoir d’où on vient, c’est savoir où on va.

 

Marie-Pierre CREON (Paris)


Le Misanthrope ou l’atrabilaire amoureux, de Molière.

Mise en scène : scénographie Enrico Di Giovanni

Collaboration artistique : Myrima Derbal

Avec : Gérard Cesbron, Myriam Derbal, Enrico Di Giovanni, Donat Guibert, Jean-Pierre Hutinet, François Lescurat, Caroline Piette, Veronique sacri, Alain Veniger

 

Lumières : Claude Husson / Son : Georges Jacquemart

Stylistes / costumes : Fauvette Nacto, Mahdi Hindi

 

Théâtre Mouffetard, 73 rue Mouffetard, 75 005 Paris. Métro : Place Monge.

 

A l’affiche du 8 janvier au 21 Février 2009. Représentation du mardi au vendredi à 20h30. Samedi à 17h et 21h, dimanche 15h. Mâtinée supplémentaires les mardis 27 janvier et 3 février à 18h. Rencontre avec les artistes à la Bibliothèque Mouffetard le samedi 31 janvier à 15h.

Durée :  2H.

 

Location au 01 43 31 11 99, du mardi au vendredi de 13H à 18H 30 et le samedi de 13H à 19H. Fax : 01 45 35 31 15.
Ou sur www.theatremouffetard.com

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Published by Marie-Pierre CREON - dans À Paris 2008-09
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