ENTRE CRUAUTÉ ET FASCINATION
Huit êtres en détresse sont rassemblés. Ils tentent désespérément de s’exprimer, d’attirer l’attention d’autrui. Ils se croisent, se touchent, s’affrontent, se rejettent et se
cherchent.
Corps de chair désirante, corps perclus, corps souffrants, corps maladroits, corps triomphants, corps écartelés, corps déguisés, corps en vie malgré la mort à venir. Tel est le menu qu’offre
Jean-Michel Rabeux. Car c’est un metteur en scène qui a toujours prêté une attention forcenée à l’énergie générée par les corps.
Chez lui, jouer suppose une mise en péril, un défi à dépasser, une précarité à assumer au-delà des notions de beauté-laideur, de jeunesse-vieillesse. Quoi qui se passe sur scène, c’est un
engagement. Face à cette priorité, peu importe qu’il n’y ait pas d’histoire racontée rationnellement, chronologiquement, narrativement. Ce qui est montré sont des segments d’existence, des
tentatives de présences.
Alors, nus, drapés, travestis, maquillés, désarticulés, élégants, minables, séduisants, repoussants, les individus qui émergent successivement du groupe pour exécuter un numéro justifiant s’ils
se situent du côté de l’humanité ou de l’animalité, sont mis à l’encan d’une parade dérisoire.
Un monde précaire et récurrent
Il ne s’agit pas de provoquer la compassion. Pas plus que le mépris. Il s’agit de donner à voir des comportements obsessionnels, compulsifs. Ce(ux) qui défile(nt) expose(nt) des échantillons de
conduites. Ce qui est en cause ici, c’est le regard de l’autre, autrement dit le regard que nous portons sur les autres.
Dans un espace délimité par des banderoles bicolores de chantier, les interprètes évoluent. Ils parlent des langues réelles ou inventées. Ils pètent, éructent, accouchent, meurent, ressuscitent,
chantent. Un répertoire patchwork joue les pots-pourris de Mouloudji à Dario Moreno via Sheila, Nicoletta, Aznavour, Perret… Ils interprètent du Racine, dansent le tango, font des performances
d’acrobate. Ils se confrontent à leur double, concrétisé par des mannequins de vitrine dont certains finissent démantelé, dépecés.
Il résulte de cet ensemble une infinie dérision, une profonde interpellation, un perturbant désarroi. Chacun en sort la mémoire emplie d’images, de sons, de gestes. Et la dérangeante impression
de repartir empli de perplexité.
Michel VOITURIER (Lille)
Présenté à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq du 3 au 7 février 2009.
Le Corps furieux
Conception, mise en scène, scénographie : Jean-Michel Rabeux assité de Sophie Lagier
Distribution : Eléna Ansiferova, Corinne Cicolari, Georges Edmont, Juliette Flipo, Kate France, Marc Mérigot, Laurent Nennig, Franco Senica
Lumière : Jean-Claude Fonkenel
Production : La Cie
Co-Production : MC93 (Seine St-Denis), Bateau feu (Dunkerque), Rose des vents (Villeneuve d’Ascq), Le Maillon (Strasbourg)
En tournée : le mardi 17 février 2009 à 20h30 au Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque
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