ENTREZ DANS LA TRANSE RIMBALDIENNELe Groupe Ex-abrupto s’offre une interprétation libre et dérangeante du poète Arthur Rimbaud, dans laquelle les corps et les voix s’épuisent jusqu’au terme.
Porté par la mise en scène contemporaine de Didier Carette, le chemin de la démesure emprunté par l’artiste se trace peu à peu. Pourtant la pièce commence comme dans un souffle doux et sensuel… Le choc n’en sera que plus violent. Des vers extraits du recueil
Une saison en enfer, sont susurrés, ils virevoltent avec légèreté dans la salle encore sombre.
« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. ».
Photo © Patrick Moll
Cet instant de calme est interrompu violemment par l’irruption d’un personnage sulfureusement satanique. Cette figure, tout à la fois (mauvaise) conscience, âme meurtrie, esprit diabolique ou de luxure, sera le double qui permettra de transpercer les pensées des personnages. Déchirant leur enveloppe, elle fera sortir leurs vices et leurs espoirs déçus comme éjectés par un violent venin. Le poète prend tour à tour plusieurs visages. Tantôt démuni et pris de doutes, il s’offre comme un enfant sans force face au monde qui l’entoure. Puis soudain, il semble agité par une ferveur, un esprit de jouissance, qui deviennent plus prégnants à mesure que la fin approche.
Le rythme haletant, et le son saturé de la pièce sont adoucis par l’apparition de figures féminines. Incarnant la mère et la sœur du poète, elles se font entendre avec émotion et douceur, comme pour nous permettre de reprendre notre souffle. La mise en scène de Didier Carette explore et traduit cette haletante course de l’artiste vers l’inatteignable. La présence des micros accentue le martèlement des mots et donne corps aux propos incandescents. Cependant, ces micros s’immiscent aussi comme un filtre entre le texte et la salle, devenant un trait moderne trop forcé.
Ghislain Lemaire prête son physique fragile et son visage romantique au personnage de Rimbaud. Ses traits arrivent aussi bien à traduire le désoeuvrement, que l’ivresse et l’emportement. Régis Goudot incarne, l’œil lubrique et pétri d’humour cynique, la figure du double. Son personnage, au maquillage pailleté, est proche d’un travesti issu d’un film d’Almodovar. Clin d’œil qui le rend un peu plus… humain.
Cette rencontre avec le poète traduit avec justesse ses vers, dont l’émotion est rendue plus palpable par les notes du piano et de la contrebasse présents sur la scène. Après une longue transe, vient enfin l’apaisement.
« Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité. C’est la mer mêlée au soleil. »
Anne CLAUSSE (Toulouse)
Rimbaud l'enragé - Mise en scène : Didier Carette
Avec les comédiens et musiciens : Charlotte Castellat, Danielle Catala, Marie-Christine Colomb, Régis Goudot, Ghislain Lemaire.
Scénographie, décor : Jean Castellat, Coralie Léguevaque. Création lumières : Alain Le Nouëne.
Régie Son : Christophe Barrière.
Coproduction Caligari Productions, Groupe Ex-abrupto.
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, DRAC Midi-Pyrénées, du Conseil Régional Midi-Pyrénées, du Conseil Général de la Haute-Garonne, de la Ville de Toulouse.
Au Théâtre Sorano, 35 Allée Jules Guesde, 31000 Toulouse - Tél : 05 34 31 67 16
Mardi, mercredi et jeudi à 20 h / Vendredi et samedi à 21 h / Dimanche à 16 h.
Durée du spectacle : 1 h 30 environ.
Jusqu'au 24 mai 2006
Parole de lecteur