Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 09:38
PARTITION EN SEPT MORCEAUX CAPITAUX

Michel Vinaver invente dans « L'Ordinaire », l'histoire des rescapés d'un crash aérien qui, dans l'attente des secours, vivent entre états d'âme et problèmes gastriques. Cette pièce tragico-comique entre au répertoire de la Comédie française dans une mise en scène co-signée par l'auteur et Gilone Brun. Les comédiens sont épatants
.

1972. Un avion s'écrase sur une haute montagne enneigée de la Cordillère des Andes. A bord, une équipe de rugby uruguayenne, notamment. Après des jours et des nuits, des secours récupéreront les survivants. On apprendra qu'ils ont mangé de la chair humaine pour survivre. S'inspirant de ce fait divers qui fit grand bruit à l'époque, Michel Vinaver écrit en 1981 « L'Ordinaire ».


L'auteur, né en 1927, a déjà une belle palette de créations à son actif. Comme romancier (chez Gallimard avec notamment « L'Objecteur » en 1951) et comme auteur dramatique avec des pièces comme « Iphigénie Hôtel » (1959) ou « Par dessus Bord » (1969). Il a aussi une sacrée carrière de patron d'entreprise, principalement dans le groupe international Gillette. Dans « L'Ordinaire », il ne prend que le substrat de l'événement de 1972 et place ses héros dans ce siècle où le business annonce alors, avec aplomb, ses certitudes.

Dans l'avion qui se crashe au milieu d'une nature hostile, dans l'espace primitif de parois de neige, les personnages de « L'Ordinaire » forme le staff majeur de l'entreprise « Housies », une multinationale basée à Seattle (USA) : le président et ses quatre 'senior' vice-présidents, donc. Mais le boss est accompagné de sa femme et de sa secrétaire, un des vice-présidents voyage avec sa fille et un autre avec sa maîtresse. Les deux pilotes ont décollé de Buenos-Aires pour se rendre à Santiago du Chili où une rencontre avec le général Pinochet est programmée.

Cannibalisme

L'ordinaire, dans le vocabulaire militaire, relève de l'alimentation. Mais il prend ici un sens plus précis, celui de la survie. Survie pour un état-major civil, certes, mais qui n'est pas moins pétri des principes d'autorité et de hiérarchie. En sept morceaux -sous-titre de la pièce-, autrement dit en sept tableaux, on suit 'l'avant' accident - des dialogues truffés de plans sur la comète entre stratégies économiques, règlements de compte et dérèglements amoureux. Puis 'l'après', quand les masques de la hiérarchie sociale et des mondanités tombent un à un jusqu'à accepter l'innommable, le cannibalisme. Au fil des jours, la mort rattrape un à un les survivants. La petite communauté de plus en plus réduite aux acquêts, c'est-à-dire à plus d'égalité devant le néant, attend un hypothétique sauvetage.

Le texte est cinglant, parfois cynique (« On a brûlé les derniers morceaux de bois. Les prochains repas seront froids. »), souvent comique (« Les premiers temps on n'a consommé que les parties nobles »...) alors que la tragédie suinte de partout. Pas de décor naturaliste, juste un vaste plan incliné fissuré, crevassé, qui déborde sur les premiers rangs de fauteuils. Les changements de situation et de costumes se font à vue. Rareté à la Comédie Française comme cette première scène (avant l'accident) où les comédiens sont alignés face au public, droits dans leur rôle. Moment fort. Les dialogues semblent être mis à plat, sans effet alors que le drame s'annonce.

L'écriture fractale de Michel Vinaver balance les répliques à toute vitesse, façon ping-pong. On peut regretter que la mise en scène peine à suivre ce jeu virevoltant, fusant entre comique et tragique. La scène peu vaste du Français semble inadaptée. Malgré cet handicap, les comédiens se montrent très à l'aise dans cette aventure, notamment Sylvia Bergé (Bess, la femme du big boss), Elsa Lepoivre (Pat, la secrétaire), Léonie Simaga, la maîtresse de Jack (Christian Gonon) ou encore Gilles David (Ed, le senior vice-président).
                                                        Jean-Pierre BOURCIER (Paris)

« L'Ordinaire », pièce en sept morceaux de Michel Vinaver
Mise en scène de Michel Vinaver et Gilone Brun
Scénographie et costumes : Gilone Brun
Lumières : Olivier Modol
Espace sonore : Michaël Grébil
avec Sylvia Bergé, Jean-Baptiste Malartre, Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Léonie Simaga, Grégory Gadebois, Pierre Louis-Calixte, Gilles David, Priscilla Bescond, Gilles Janeyrand.

A la Comédie Française, salle Richelieu, en alternance jusqu'au 19 mai.
Renseignements : 0825 10 16 80. www.comedie-francaise.fr

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Pierre BOURCIER - dans À Paris 2008-09
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche