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Festival d'Avignon

21 mai 2006 7 21 /05 /mai /2006 21:09
DU HAUT DE SA CHAIR

Vaste programme qu’entreprend Roman Polanski qui s'aventure dans la mise en scène d'un sujet des plus délicats et d’une actualité sordide et brûlante: la pédophilie. Qui plus est, au sein du milieu clérical. Tandis que les médias relaient abominations et psychoses, le texte de John Patrick Shanley s'applique à crier gare contre toute condamnation infondée. Un soupçon d’humour évite à la pièce de sombrer dans une atmosphère pesante. Bâtie avec une tonalité judiciaire, cette pièce prend la forme rapidement d’un débat entre les comédiens qui, sans relâche, nous tiennent en haleine.

1964. Etats-Unis, nous sommes dans un sombre établissement scolaire, dirigé par une soeur psycho-(f)rigide (l’excellente Dominique Labourier) et un prêtre expansif (le parfait Thierry Frémont). Soucieux que le nouvel élève, noir, de surcroît, n'endosse pas le rôle peu agréable du « petit nouveau », brocardé par ses pairs, le père Flynn prend le gamin sous son aile. Mais un prêtre ne paterne qu'à ses risques et périls. Très vite le doigt accusateur de la sœur-directrice s'abat sur l'homme décontenancé. « Jurés » invités au grand festin, où la pimbêche se délecte de son investigation, nous sommes d'abord peu crédules. L'adhésion gagne, la suspicion, qui se fonde sur quelques interprétations hardeuses de la soeur, s’installe. Le montage de bourrichon opère insidieusement. Derrière, un spectateur chuchote : « Il est coupable, c'est sûr ».
Révolté, le père Flynn fait naître alors des sermons poignants, étayés de fraîches paraboles, qu'il clame du haut de sa chaire. Du haut de sa « chair », le regard rivé sur nous, sa voix s'élève. Une référence à  l'acoustique d'une église, c'est le divin qui s’invite chez cet être révulsé. Il ira un jour confier à une soeur : « Il n’y a rien de mal à aimer. Avez-vous oublié le message de notre Sauveur ? L’amour. L’amour du prochain » Et si... ?

Shanley et Polanski ont construit autour d'une logomachie théologique un jeu de pistes, incitant chacun à décortiquer ce qui contribue à son propre jugement ; c'est sans doute ce choix de laisser la place à la conscience, de transformer le spectateur en juré - "spectateur engagé" - qui a conduit à réduire la mise en scène a minima et à miser sur le jeu sobre et puissant des protagonistes.

Si la pièce invite toujours et toujours à la réflexion, conservant d'ailleurs sans dévier la ligne de l'équivoque, sans conclure sur la culpabilité du père - quels ravages sont pires que ceux du doute ?- la satire de la religion version « cul serré » porte parfois à rire, sans retenue, engageant chacun à fouiller sa propre foi et à la rénover.

Delphine PINSON (Paris)

Doute, de John Patrick Shanley
Texte français de Dominique Hollier
Mise en scène Roman Polanski
Avec Thierry Frémont, Dominique Labourier, Noémie Dujardin, Félicité Wouassi
Du mardi au samedi 21h, matinées samedi 18h dimanche 16h
Réservations au 01 43 87 23 23
Théâtre Hébertot 78 bis, boulevard des Batignolles - Paris 17e
Durée : 1 h 40
Jusqu’au 28 mai 2006

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Published by Delphine PINSON - dans Chroniques 2005-06
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