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Festival d'Avignon

27 mai 2006 6 27 /05 /mai /2006 13:01
Onirisme et surréalisme pour l’une des premières mises en scène de Soudain l’été dernier en Espagne.

Le théâtre Valle-Inclán abrite depuis le 4 mai dans la petite salle Francisco Nieva, la mise en scène fort onirique de Soudain l’été dernier de Tennessee Williams. Le metteur en scène José Luis Saíz, avec l’aide de Richard Cenier, scénographe, de Felipe Ramos aux lumières, et de Alex Francés pour les images vidéos, projette le spectateur dans un univers fort lointain de celui que le film de 1959 donnait à voir. Dans la petite salle de 123 places, l’air est rapidement saturé par le poids de la musique lugubre que Tato Icasto, maniant les cordes de son piano, et Ernesto Duchesne Valdés aux percussions, jouent en direct, et par le ballet futuriste des personnages encore inconnus que les costumes et la pénombre, rendent terriblement menaçants.


Cette longue scène « 0 », inexistante dans l’œuvre de Williams, censée, selon les mots du metteur en scène, rendre davantage compréhensible la suite de la pièce se fait cependant un peu longue. Bien qu’elle soit admirablement composée et menée, elle est une paraphrase, dont la nécessité dramatique est contestable. Pour le reste c’est à Tennessee Williams qu’il faut rendre grâce. Articulée autour de l’opposition des deux femmes principales, Violet Vinable et Catherine, la pièce s’intensifie à mesure qu’augmente la tension, que leur différence et similitude profondes produisent indéfiniment, et que rien ne peut résoudre. Elles symbolisent l’affrontement ontologique, entre la vérité du fait et celle du discours, remettant en question par un final parfaitement ouvert le système de valeur manichéen et simpliste qui ferait de la vérité « réelle » une vérité supérieure à la vérité « crue ».

Réflexion sur la réalité, et sur le primat des mots sur les faits, l’espace physique et clos de la scène, le jardin de Sébastian, contient le monde absent de l’action contée, lieux menaçants ou morts. Cette pièce ne pourrait être donc qu’une réflexion conceptuelle, si le personnage principal, Sébastian, personnage absent qui semble au fil des dialogues devenir simple prétexte à l’affrontement, ne finissait pas par exister réellement dans la description horrible de sa mort. La menace de lobotomie de la jeune femme dont l’exécution ne tient qu’au verdict du docteur Cukrowicz, ancre ce drame de la parole, ce drame classique, surréel, générationnel, drame de l’arrachement et de la violence, à une réalité sociale et familiale, que Tennessee Williams en personne vécut, et touche profondément le spectateur. Car ces faits précis quoique récits, extraordinaires quoique symboliques, absents quoique réels –la mort de Sébastien est un souvenir et la lobotomie une menace-, rendent possible une identification du spectateur au-delà du sujet. La mise en scène contribue certainement à amplifier l’impact du texte de Tennessee Williams. Cependant, la signature du metteur en scène est démesurément visible et la mise en scène trop illustrative et exagérée. Mais, ne serait-ce que pour aller écouter de brillants acteurs jouer un texte psychologique d’une grande finesse, cela vaut la peine de se déplacer jusqu’au nouveau théâtre Valle-Inclán.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

De repente el último verano (Soudain l’été dernier), de Tennessee Williams
Théâtre Valle-Inclán – Centre Dramatique National jusqu’au 11 juin 2006

Salle Francisco Nieva Place Lavapiés – 280012 Madrid - + 34 91 310 29 49
Metteur en scène : José Luis Sáiz Version : Alvaro del Amo
Acteurs : Docteur Curkowicz : Mariano Alameda Chauffeur : Leopoldo Ballesteros Sœur Felicity : Cristina Juan Miss : Magda Labarga George Holly : Borja Manero Catherine Holly : Olivia Molina Miss Foxhill : Eva Pérez Violet Vinable : Susi Sánchez Mrs. Holly : Carmen Segarra Musiciens : Percussioniste : Ernesto Duchesne Valdés Pianiste : Tato Icasto Scénographie : Richard Cenier Costumes : César Olivar et Angle Vilda Lumières : Felipe Ramos Musique : Suso Saiz Vidéo création : Alex Francés Scénario scène « 0 » : Carlos Peris

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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Chroniques 2005-06
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