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Festival d'Avignon

30 mai 2006 2 30 /05 /mai /2006 09:10
SASKIA HÖLBLING ET SON RITE THÉÂTRAL

La danseuse Saskia Hölbling apparaît allongée au sol, le corps immobile, le regard figé, comme morte, et une télévision éteinte à côté d’elle. Le corps est dans son appartement. Une baignoire en avant-scène, une chaise à gauche. Des fils rouges traversent l’espace, forment une toile d’araignée, qui fragmente l’image représentée. Des bruitages, composés par des bribes de mélodies classiques et contemporaines, et des sonorités appartenant à la quotidienneté et au monde de l’usine, accompagnent le rituel d’un corps qui se réveille de sa mort, pour retourner aussitôt à se tuer de nouveau. Par trois fois, la danseuse marche de la télévision à la baignoire, et de la baignoire à la chaise. Elle se défait de son peignoir, elle joue dans la baignoire. Puis elle s’assoit sur la chaise, elle boit du lait. Elle retourne près de la télévision. Là, elle attend quelque chose. Au deuxième tour, elle ne réussit pas à avaler le lait, elle le crache. Au troisième tour, elle quitte ses repères, elle ne veut plus s’approcher de la baignoire et de la télévision. La danseuse commence à déambuler au sein de la toile des fils rouges, à la recherche d’une félicité invisible. Hölbling est sécouée par des frémissements. Deux fois, elle danse des gestes saccadés et nerveux, mais elle s’arrête, ennuyée. Elle s’immerge dans la baignoire une quatrième fois, avec une lame de rasoir à côté d’elle. Enfin, elle s’allonge morte sur le sol, à côté de la télévision. Quelquefois, des images passent à l’écran : des oiseaux et des fleurs, des politiciens et de la violence.


Dans la chorégraphie, Jours Blancs, les artistes Hölbling, Krisha et Heinz Ditsch structurent un espace visuel et sonore froid et angoissant. Sur scène, le public ne voit rien se passer, mais il ressent que les rites quotidiens de la femme sont faux. Le théâtre muet de Hölbling communique des émotions par très peu de gestes. Son théâtre muet est intéressant dans son minimalisme, à la limite de la danse et du jeu dramatique : elle ne joue pas des mots et elle ne danse pas des phrases gestuelles. Mais le spectacle est trop long. La danseuse reste trop souvent en attente d’une résolution invisible. Elle exécute des actions qui répètent les mêmes sentiments. Le spectacle est très beau esthétiquement, intéressant techniquement, mais inabouti dans ses contenus. L’état d’incertitude de la femme reste développé schématiquement. Sa mort se révèle presque comme une belle mort théâtrale et non comme un suicide tragique.

Le spectacle Jours Blancs est symbolique de la majorité des chorégraphies présentées durant le Festival Rencontres Internationales de Seine-Saint-Denis. Les scènes sont belles, conceptuelles et à la mode. Les danseurs sont des performeurs exceptionnels, ils emploient avec improvisation et fantaisie la voix et le corps. Mais les images représentées sont un collage des croyances et des critiques générales qu'on peut avoir sur ce genre de spectacles ; elles ressemblent à celles de la télévision sur la guerre et sur la violence. Les danseurs semblent s'être mis en scène sans un regard extérieur, sans un metteur en scène ou un chorégraphe qui ait pu régler et faire évoluer les sujets, sommairement exposés dans le spectacle.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Le solo Jours Blancs de Saskia Hölbling a été présenté du 19 au 21 mai,
au Centre Dramatique National, Montreuil.
Informations : 01 55 82 08 08 www.rencontres-choregraphiques.com

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Published by Mattia SCARPULLA - dans À Paris 2006-07
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