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Festival d'Avignon

2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 11:10
L'HOMME EST-IL FONCIÈREMENT MAUVAIS ?

Cette œuvre de Brecht est une réflexion sur la bonté, et sur l’obsolescence des valeurs et des commandements religieux dans une société moderne misérable. Elle questionne intelligemment, en nuance, la nature humaine dans une double perspective absolue et sociale. Malgré des moyens impressionnnants, l'ensemble déçoit et escamote le souffle de Brecht.

Shen Te, la bonne âme, est abusée de toute part. Elle se trouve dans l’obligation de se transformer, de se diviser, et de s’inventer un cousin intransigeant, Shui Ta, afin d’assurer un avenir à l’enfant qu’elle attend. La représentation de trois heures qu’en offre le théâtre María Guerrero, autre théâtre du Centre Dramatique National, n’est malheureusement qu’une bonne récitation qui, sans être un échec, connaît peu de grands moments. Les choix de la production sont peu pertinents, et le metteur en scène, Luis Blat, faute de travail ou faute de vision, ne sait transmettre aucune interprétation cohérente de l’œuvre. Il est en effet à la mode, dans le milieu du théâtre commercial madrilène, d’employer des acteurs de séries télévisées populaires comme capteurs de public. Que cela touche le théâtre commercial, rien de plus légitime. Mais que cela passe au Centre Dramatique National, voilà qui commence à être étrange. Surtout lorsque l’acteur, dans ce cas Gonzalo de Castro, n’est à la hauteur ni de l’œuvre ni de son rôle.


Le vendeur d’eau de la "Bonne âme" est également le narrateur, sa parole limite l’œuvre, car c’est lui qui l’ouvre et c’est encore lui qui la clôt. Il est l'une des voix intermédiaires typiques de l’esthétique brechtienne, un des outils de la fameuse distanciation. Malheureusement, son incarnation n’est qu’une mécanique récitation mal sentie qui contraste avec la qualité des autres acteurs et particulièrement avec celle des Dieux.

De plus, la mise en scène manque de cohérence. On croit, de prime abord, percevoir le refus du réalisme dans la mise en scène grotesque des Dieux, dans les projections vidéos, dans l’ambiguïté que le maquillage des acteurs provoque, dans ce décor de cirque qu’est la fabrique de tabac. Mais le trait n’est pas suffisamment accusé ; la volonté esthétique est vacillante, car les « yeux bridés » des acteurs ne constituent qu’un élément de « l’exotisme » romantique de la mise en scène, tout comme la musique de style asiatique, et les idéogrammes projetés. Enfin, le jeu fort classique des comédiens ne vient ni soutenir la parole brechtienne, ni appuyer l’ébauche de ce qui aurait pu être un intéressant pastiche, faisant absolument disparaître l’engagement social et politique de l’œuvre de Brecht. On regrette donc que la débauche réelle de moyens - 24 acteurs, un ascenseur sur scène, des moyens techniques grandioses-  n’ait permis une production plus adaptée à une œuvre originale, bien écrite et clairement structurée, production qui aurait pu lui procurer une résonance actuelle engagée. A cause d’une faible exécution, la fable perd sa profondeur, et sa morale.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

La Bonne âme de Sechuan / La Buena persona de Sezuan, de Bertolt Brecht
Théâtre María Guerrero – Centre Dramatique National Tamayo y Baus, 4 – 28004 Madrid.
Tel : + 34 913 10 29 49

Jusqu’au 9 juillet 2006.

Metteur en scène : Luis Blat Version : Jesús Munárriz Scénographie : Paco Azorín Costumes : Ana Garay Lumières: Juan Gómez-Cornejo Musique Originale : Lluís Vidal Design audiovisuel : Alvaro Luna

Distribution : Le neveu : Críspulo Cabezas La vieille Madame Deng : Enriqueta Caballeira Le Deuxième Dieu : Alberto Castrillo-Ferrer Wang, le vendeur d’eau : Gonzalo de Castro Feng, le fils de Lin To: Anthony Cesar/ Whalfryd Cruz L’homme: Víctor Criado Le Barbier Shen Fu: Vicente Díez La belle-fille : Cristina Fenollar La femme : Empar Ferrer Le troisième Dieu : Carlos de Gabriel Le vieux Monsieur Deng : Luis G. Gámez Sun, l’aviateur : Antonio Gil Martínez La nièce : Claudia Giráldez Madame Yang/ la vieille prostituée : Teresa Lozano L’ébéniste Lin To : Enrique Menéndez Le policier : Manuel Millán La veuve Shin : Esther Montoro L’enfant : Daniel Morcillo/ Jaime Pastor Wung/ le serveur : Paco Navarro La propriétaire Mi Tzü : Prado Pinilla Le premier Dieu : Roman Sánchez Gregory Le chômeur : Aitor Tejada Shen Te/ Shui Ta : Yolanda Ulloa Sánchez Le vieux/ un passant : Miguel Zúñiga

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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Chroniques 2005-06
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