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Festival d'Avignon

17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 11:21

BLANCS BECS EN AFRIQUE NOIRE


Le Tarmac ouvre sa nouvelle saison en beauté avec un spectacle algéro-slovaque d’une causticité salvatrice, fustigeant avec intelligence et à-propos le fantasme africain dans l’esprit des blancs qui n’ont pas encore vraiment assimilé la notion de décolonisation. Trois excellents comédiens défendent un très beau texte qui s’impose comme une nécessité sociale.

L’Afrique, vivier de candidats à l’émigration prêts à tout pour un visa ou une carte de séjour et victimes des trafics les plus abjects perpétrés par les individus les moins honnêtes ? Et si on inversait un peu la tendance ? Si, au lieu d’Africains venus en France contre bakchichs organisés par toute la chaine d’obtentions des visas, diplomates en tête, on se penchait sur ces blancs (becs) débarqués en plein cœur du continent noir avec des préjugés plein la tête ?



C’est là que débute l’histoire magnifiquement écrite par Arezki Mellal. Une mère et son fils perclus de ce qu’ils croient savoir sur l’Afrique décident de remonter le Niger. Lui n’a qu’une idée en tête : trucider sa génitrice pour toucher l’assurance vie qui le renflouera dans ses affaires qui partent en eau de boudin. Elle n’est que désir d’aventures (au sens très large du terme). Elle veut chasser le tigre (inexistant sur ce continent, comme chacun sait), connaître un festival des papilles avec les mets les plus exquis (quitte à s’extasier devant une cuisse de poulet qu’elle prend pour un animal de la savane), arpenter les sommets nirvanesques de l’érotisme dans les bras du sculptural Moussa, le guide qu’on tutoie comme il se doit (alors que le fils vouvoie sa mère), qu’on singe dans un phrasé de petit nègre et qu’on affuble du sobriquet de Lustucru parce qu’il use du subjonctif dans ses phrases.


Un manichéisme nécessaire


Au premier degré de lecture, s’impose illico cette diatribe salvatrice sur ces démons colonialistes et cette bêtise qu’engendre le snobisme touristique. L’auteur appuie d’une manière qui pourra sembler abusive sur ce comportement. Pourtant le message passe 5/5 et c’est bien là l’essentiel. D’autant qu’il est fait avec une drôlerie irrésistible que rehausse l’interprétation grandiose de Chantal Trichet, immense comédienne dans la droite ligne des Bernadette Lafont et Maria Pacôme. Mais au-delà de ce constat, l’auteur tisse une intrigue des plus sordides qui renforce plus encore l’abjection des personnages blancs. Le manichéisme ambiant est alors nécessaire, même s’il est distillé avec beaucoup de pertinence, d’autant qu’il sert une histoire haletante haute en rebondissements et péripéties.


La mise en scène, très minimaliste, ne s’embarrasse pas d’un décorum archi accessoirisé de prospectus touristique, rendant les déplacements des comédiens totalement libres et aisés. L’Afrique n’est suggérée finalement que par les interprètes et leur texte. Et  c’est amplement suffisant lorsque, comme ici, ces deux éléments excellent.


Franck BORTELLE (Paris)



En remontant le Niger

D’Arezki Mellal

Adaptation et mise en scène : Maria Zachenska

Scénographie et costumes : Georges Vafias

Lumières : Jean Huleu

Maquillage : Nathy Polak

Chorégraphe : Véronique Ros de la Grange

Avec Jacques Allaire, Criss Niangouna et Chantal Trichet

Théâtre le Tarmac, Parc de la Vilette, 211 avenue Jean-Jaurès (derrière la grande halle de la Villette), 75019 Paris (Métro : Porte de Pantin)

Réservations : 01 40 03 93 95 ou www.letarmac.fr

Durée : 1h15


Photo Eric Legrand

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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