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Festival d'Avignon

25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 10:26
AUX ORIGINES DE L’ABSURDE, DEUX HOMMES

De nos jours, adapter « En attendant Godot » s’avère bien audacieux. Comment se distinguer parmi tous ceux qui ont mis en scène cette pièce symptomatique de la littérature de l’absurde ? Bernard Levy semble avoir la réponse à l’Athénée.

Gogo et Didi, deux camarades d’errance qui subissent le temps. Pour combattre leur procrastination, ils s’essaient, durant deux actes d’attente mortifère, à des divertissements divers. Mais tout avorte. Sauf leur amitié - solide, à la limite de l’attachement amoureux. Et ce, malgré l’attitude irascible d’Estragon qui cherche frénétiquement à s’enfuir pour échapper à son ennui. Vladimir, lui, est angoissé à l’idée d’être seul – en témoigne cette obsession compulsive de courir et de se taper dessus. Chez lui, le besoin de l’autre est pathologique et la solitude, nihiliste.

Bernard Levy insiste sur ce malaise en choisissant d’accorder une grande place à la mise en scène des didascalies, foyer de l’absurde et de la dramatisation. L’atmosphère est froide, presque fantomatique avec cette toile de fond grisâtre et cet arbre étique. Si le couple Estragon/Vladimir incarne une profonde dépression, celui que forment Pozzo et Lucky (version sordide et sado-masochiste du précédent) figure un misérabilisme inquiétant.

La tragédie par le corps


Pozzo (Patrick Zimmermann), tonitruant par son insolence, sa suffisance et sa tyrannie, tient en laisse son compagnon de route. D’un physique et d’un caractère à l’exact opposé de son maître, Lucky obéit, stoïque, à ses exigences triviales. Jusqu’à ce que son bourreau lui ordonne de penser. Lucky se lance alors dans une longue tirade mise en valeur par une scénographie narcissisante : seul au centre de la scène, la lumière le fixe. Ses pensées explosent ça et là, délivrant un discours parasité par la confusion et teinté d’un profond désespoir. Georges Ser conduit cette transe pathétique par une puissante agitation corporelle. D’abord tendu, son corps s’échauffe petit à petit, saisi par des mouvements saccadés et frénétiques. A l’extrême lassitude du début, succèdent une animation folle et une obstination insensée de vouloir dire sans y parvenir.

Toute l’essence de « En attendant Godot » est là. Dans cet absurde aussi lucide que désorienté. Dans cette indétermination, paroxysmique chez Lucky, et omniprésente chez Estragon et Vladimir. Évoluant dans un flou paralysant, ils hésitent constamment entre le rapprochement physique, dès qu’une conversation semble prendre forme, et l’éloignement soudain, brutal, quand l’illusion du dialogue avorte. Une frustration que portent en eux les comédiens au travers de leur déplacement indolent, leur gestuelle végétative et leur humeur absente.

A travers la mise en corps du texte de Beckett, Bernard Levy révèle davantage la signification implicite de la pièce - cet indicible qui donne à l’œuvre toute son ampleur. Comme si la clé de la réussite résidait au final dans la traduction de l’insaisissable.


Cécile STROUK (Paris)

 
En attendant Godot (Paris)
Auteur : Samuel Beckett
Mise en scène : Bernard Levy
Interprétation : Gilles Arbona, Thierry Bosc, Garlan Le Martelot, Georges Ser, Patrick Zimmermann
Chorégraphie : Jean-Claude Gallotta
Décor : Giulio Lichtner
Costumes : Elsa Pavanel
Lumière : Christian Pinaud
Son : Marco Bretonnière

A l’Athénée, théâtre Louis Jouvet, Square de l’Opéra-Louis Jouvet, 7 rue Boudreau, 75009 Paris, métro Havre-Caumartin.

Location au 01 53 05 19 19

Du 5 au 28 mars, les mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h.
Matinées exceptionnelles : dimanche 15 mars à 16h et samedi 28 mars à 15h.


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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2008-09
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