Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 09:59
IDÉOLOGIE GLAÇANTE

Lars Noren jette un “froid” sur cette oeuvre radicale, et propose ainsi un titre emblématique pour un sujet irritant et corrosif qu’il a figé dans une écriture percutante et sans détours.

Simon Delétang, jeune metteur en scène et désormais co-directeur du Théâtre les Ateliers, a trouvé dans l’écriture de l’auteur suédois une nouvelle occasion de nous prouver son talent. Avec un Shopping and Fucking déjà convaincant en 2007, il revient aujourd’hui plus aguerri encore pour cette nouvelle plongée dans un univers théâtral contemporain, cru, acerbe et dérangeant. Nous retrouvons alors sa façon particulière de mêler à la dureté du propos, une esthétique et une sensibilité qui lui sont propres.


La pièce de Lars Noren traite de nationalisme, de racisme et dépeint sans fausse pudeur la cruauté et l’intolérance des idéaux nazis de trois lycéens suédois, vêtus comme des skinheads et arborant avec fierté le salut hitlérien. Le texte ne s’en tient cependant pas à la véhémence du discours idéologique - ici clairement revendiqué - mais interroge les processus qui mènent jusqu’au passage à l’acte, concrétisé par la mort de Karl, le camarade de classe coréen. Dans cette confrontation des idées, des corps, des “races”, rien ne nous est épargné. Le spectacle, dans son fond comme dans sa forme devient alors fascinant et terrifiant.

Le contraste des extrêmes

De ces trois bouches clamant à l’unisson la primauté de la race blanche se dégagent pourtant trois caractères bien distincts, joués par des comédiens étonnants et inattendus. François Rabette, aussi troublant que le Dereck Vinyard (Edward Norton) d’American History X, est un Keith révolté et insidieux, hargneux et déterminé. François Godart se donne sans retenue au personnage d’Anders, le suiveur impulsif et cynique. Mathieu Besnier, offre la dangereuse innocence juvénile d’Ismaël qui trouve refuge dans la force du groupe. Il nous livre la dernière image de la pièce, celle de la culpabilité et nous impose ainsi le dernier temps d’introspection face au cadavre de Karl. Ce Karl, servi par un Thomas Poulard très expressif, malgré le masque figé dont son visage est couvert, nous touche par sa douce résignation, par sa révoltante impuissance.

Le face à face théâtral est d’autant plus périlleux que se décèlent derrière l’horreur du discours extrémiste des caractères attachants. Cette complexité donne une réelle dimension à la pièce qui semble avancer vers une compréhension progressive des interlocuteurs alors même que la tension va crescendo. De ce texte épineux, de ces aspérités, Simon Delétang n’a rien poli. Il ose toutefois quelques digressions, plus légères, et ménage ainsi des temps d’arrêt, qui agissent conjointement sur les champs de notre réflexion et de nos émotions.

En effet, la réussite de cette mise en scène tient pour l’essentiel à la faculté d’avoir subtilement manié les contrastes, de les avoir exaltés par les choix visuels et sonores. La musique notamment, nous fait passer de la violence du RAC (Rock anti-communiste) et du punk à la douceur du piano, figeant ainsi de temps à autre la violence de l’action pour ouvrir de réelles pauses cathartiques au spectateur. Déconcerté, secoué ou touché, on ne repart pas de la salle comme on y est entré.

Anne CARRON (Lyon)


Froid de Lars Noren
Mise en scène Simon Delétang
Avec Mathieu Besnier, François Godart, Thomas Poulard, François Rabette
Scénographie : Daniel Fayet
Lumières : Thomas Chazalon
Son : Nicolas Lespagnol-Rizzi

Du 12 mars au 3 avril 2009
Au Théâtre les Ateliers, 5 rue du Petit David 69002 Lyon 
Tél : 04 78 37 46 30 / www.theatrelesateliers-lyon.com

Photo © DR



Partager cet article

Repost 0
Published by Anne CARRON - dans En Région 2008-09
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche