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Festival d'Avignon

5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 17:56
BAL TRAGIQUE

Pour sa dernière mise en scène comme directeur du théâtre de la Colline qu'il quitte à la fin de l'année, Alain Françon réussit, avec cette « Cerisaie », dernière pièce de Tchekhov, un geste magnifique.

Commençons par les images, les quatre tableaux qui forment autant d'actes de cette « Cerisaie » d'Anton Tchekhov, mise en scène avec tant d'élégance et d'intelligence par Alain Françon au Théâtre de La Colline,.


D'abord cette vaste antichambre aux murs clairs, aux fenêtres hautes qui laissent entrevoir une nature sûre d'elle même, des arbres à la force tranquille. L'antichambre est ce lieu de passage pour les arrivées, les retrouvailles, les départs. C'est là que Lioubov, la propriétaire du domaine de la Cerisaie, est accueillie par Gaev son frère, et bien d'autres fidèles de la maison, après des années passées notamment à Paris. Tout est à la joie, même si les blessures du passé peuvent resurgir -la noyade du fils de Lioubov à deux pas de là-. Même si les menaces du présent -les dettes- frappent sans crier gare...

Paysage champêtre au bord de la rivière pour le deuxième tableau. La parole se fait plus libre. La quiétude des lieux permet le franc parler. Les questions politiques en cette Russie qui se transforme lentement percent dans les échanges. L'avenir de la Cerisaie est clairement mis en cause. Sans apport d'argent, la famille devra vendre. Lopakhine, l'ex fils de serf - « d'esclave » -, devenu marchand et amoureux transi de Varia, fille adoptive de Lioubov, propose un contrat d'achat ... Il n'est pas entendu, ou plutôt, on ne veut pas l'entendre.

Clin d'œil à Stanislavski

Troisième tableau, c'est la fête dans la grande maison. Danses folles, tours de magie... On boit beaucoup. C'est 'bal tragique à la Cerisaie' sur fond d'enchères à quelques lieues de là. Mieux vaut s'enivrer pour ne pas penser. Pour oublier cet argent que l'on préfère, comme Lioubov, laisser filer entre les doigts. Le jeu, la musique, la boisson font monter la tension. Lopakhine, l'ex pauvre, débarque en exhibant sa joie d'avoir gagné l'enchère. La Cerisaie est à lui.

Retour à l'antichambre pour les départs de cette famille qui n'a pas voulu perdre son passé, son histoire, sa grandeur. Qui a accumulé les ratages et oublié ses dettes. Des adieux terribles qui laissent transparente la personne la plus présente mais la plus humble de cette Cerisaie, le vieux First qui a tout connu et tout vu des uns et des autres. Des adieux qui laissent donc First bouclé à l'intérieur de la grande maison vide, comme un cercueil. Il ne reste au vieux serviteur qu'à s'endormir sur un canapé. Pour oublier lui aussi. Et pour toujours sûrement.

Alain Françon adapte l'ordonnancement scénique qu'avait créé Stanislavski en 1904 lors de la création de la pièce. Un bel hommage. Le spectateur est au cœur même du développement de l'action. Dans le temps présent des personnages, ici portés par une troupe de grande qualité et très homogène.

Dominique Valadié est une Lioubov fofolle parfois, mais surtout judicieusement décalée par rapport aux réalités. Didier Sandre fait de Gaev un mondain fragile, presque transparent. Jérôme Kircher donne à Lopakhine une épaisseur étonnante à la fois comme nouveau riche et comme grand benêt face à Varia (excellente Julie Pilod), la fille adoptive de Lioubov qui n'attend que le mariage. Coup de chapeau aussi à Irina Dalle (la gouvernante), Pierre-Félix Gravière (l'étudiant) et Jean-Paul Roussillon (Firs). Pour sa dernière mise en scène comme directeur du théâtre de la Colline qu'il quitte à la fin de l'année, Françon réussit là un geste magnifique.

Jean-Pierre BOURCIER (Paris)

« La Cerisaie »
d'Anton Tchekhov
Mise en scène d'Alain Françon
Texte français de Françoise Morvan et André Markowicz aux éditions Actes Sud (Babel)
Dramaturgie Michel Vittoz
Scénographie Jacques Gabel
Lumière Joël Hourbeigt
Musique Marie-Jeanne Séréro
Chorégraphie Caroline Marcadé
Costumes Patrice Cauchetier

Avec Clément Bresson, Thomas Condemine, Irina Dalle Noémie Develay-Ressiguier, Philippe Duquesne, Pierre-Félix Gravière, Jérôme Kircher, Guillaume Lévêque, Agathe L'Huillier, Julie Pilod, Sébastien Pouderoux, Jean-Paul Roussillon, Didier Sandre et Dominique Valadié.

Jusqu'au 10 mai 2009
Au Théâtre National de La Colline. 15 rue malte-Brun 75020 Paris. Tél.: 01 44 62 52 52.   www.colline.fr

Photo : Copyright Pascal Victor

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Published by Jean-Pierre BOURCIER - dans À Paris 2008-09
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