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Festival d'Avignon

21 juin 2006 3 21 /06 /juin /2006 14:14
LES MALHEURS DE SOPHIE ET NOS PETITS BONHEURS

Seule, dans la pénombre de la petite scène des Mathurins, elle surgit de nulle part, emmitouflée dans un vilain bonnet de laine et des frusques pour le moins intemporelles. Ce soir, la jolie Mélanie Thierry sera Sophie une jeune fille de bonne famille. En apparence du moins, parce qu'à l'écouter, son corps est habité par un vieux juif de 77 ans Joseph Rosenblath, un rescapé d'Auschwitz. Evidemment, personne ne la croit. Surtout ses parents, catholiques et amateurs de golf qui se demandent ce qu'ils ont fait au Bon Dieu pour hériter d'un pareil phénomène. Pourquoi pas « bouddhiste, protestante.... noire, juive à la rigueur mais juif. » « Ça lui passera », diront certains. Est-ce vraiment un délire ? Par quelles douleurs et dans quelles failles Sophie est-elle allée chercher Joseph ?


Au fil d'un dialogue improbable entre cette merveille de bébé lapon aux cheveux d'or et son colocataire grabataire, on finira par deviner ce qui taraude Sophie. Un dénouement psychanalytique aux accents surréalistes mené avec finesse par une comédienne talentueuse. Cette fille est une perle, éclatante de justesse, en dépit de son indéniable blondeur ! Dotée d'une carnation exceptionnelle, un teint d'albâtre qui s'empourpre sous le feu de l'émotion. D'une bouche fruit des passions, large et épaisse, qui dit la tristesse et la joie avec une telle évidence. Et des larmes, de vraies larmes. Elle renifle Mélanie, elle se mouche. Sans manières. Sans efforts. Debout ou assise, elle martèle l'air de ses longues mains rectangulaires. Les mots comme de l'argile dessinent des figures. Ses démons parlent de nous.

Au fil d'un monologue amphigourique, elle livre une authentique galerie de portraits entre une mère glaciale mais risible, un père absent au cœur tendre, des grands-parents sourds-dingues, un amoureux loin et une sœur virtuose disparue. Elle se débat avec ce texte dense, parfois inconfortable écrit par Amanda Sthers. Des mots qui font « pousser les larmes dehors » comme elle précise. Une écriture franche, lapidaire par endroits. Surtout un humour, juif peut-être qui exorcise les fantômes de chacun, qui dit l'inavouable, qui transgresse les bienséances au risque de lasser son auditoire. Car, il faut du talent pour en user. De la morale aussi. De l'humilité sûrement. Et oui, les blagues de blonde à répétition et les « ma mère, cette pute » finissent par dissiper l'attention, indisposant à bien des égards certains spectateurs. Heureusement que le beau visage de Mélanie veille sur nous. Il nous accompagne plein de force et désespoir à l'image des enfants passablement écornés par la vie. Une générosité comme celle-ci sur scène, c'est suffisamment rare, alors on en parle !

Maia ARNAULD (Paris)

Pour les informations pratiques + Lire aussi la critique de notre reporter Olivia MICHEL.

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Published by Maia ARNAULD - dans Chroniques 2005-06
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commentaires

Malek Hanna Kadifa - Dédouaneur. 13/07/2017 20:07

Mélanie Thierry:Je suis nouveau pauvre et chômeur, on fait l'amour la position levrette.

Chronique Fraîche