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Festival d'Avignon

10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 10:26
FOLIE FAMILIALE

Peeping Tom revisite le déclin et l'œuvre du temps dans une trilogie troublante. La compagnie belge, connue pour son travail à la lisière du théâtre, de la musique et de la danse, a présenté à quelques jours d'intervalles « le Jardin », « le Salon » et « le Sous-sol », triptyque singulier aux multiples émotions. Retour sur les deux dernières pièces.


Le Salon, luxe consommé
Deuxième opus du tryptique, le Salon se déroule dans un espace décati, usé, portant les traces d'une époque fastueuse mais révolue. Au milieu de quelques vestiges mobiliers (vieux fauteuils, lit, pianos, piles de livres), une famille vit encore, tous consommant le lent et inéluctable déclin. Le père, patriarche improbable déjà trop vieux, partage la maison avec sa mère et de plus jeunes. On devine que l'un est son fils, l'une sa belle-fille, une autre une sorte d'aide-soignante autoritaire à la voix d'opéra magnifique. Pour le quatrième, les choses sont moins sûres, tous ces rapports familiaux étant plus pressentis qu'affirmés. Mais ce jeune homme-élastique à la danse époustouflante, athlétique, se mêle régulièrement au couple, les renvoyant à leur impossibilité de nouer des liens stables.


Si l'on vit encore dans ce salon empli de souvenirs, les choses s'y décomposent aussi. En coulisses, on commence à déménager déjà, déplaçant des meubles, emmenant la grand-mère dans une institution spécialisée, laissant le temps faire son œuvre. Tout le spectacle joue ainsi sur une oscillation perpétuelle entre vie et mort, humanité et délitement, dans une atmosphère à la tension et à l'émotion bouleversante. Ainsi, les chants opératiques à la beauté terrible, les corps désarticulés en lutte contre l'écrasement au sol, les danses d'amour du couple et de leur bébé ne peuvent enrayer la mécanique à l'œuvre.

La décadence est là, mais la solitude de ces êtres en souffrance est impossible à soigner et nul ne peut lutter contre le dépérissement. Vieillesse, mort, éclatement des cellules familiales, pertes d'autonomie sont abordées avec une liberté saisissante.

Le Sous-sol, sans humanité
Dans le Sous-Sol, l'on retrouve à l'exception du père – exilé seul à la surface - tous les protagonistes du Salon. Mais cette fois, la mort s'est bel et bien installée, et aucun des présents n'a su en réchapper. Dans une pièce ensevelie sous des monceaux de terre, émergent encore quelques meubles, et au patriarche éternellement présent du Salon la grand-mère succède ici. Femme minuscule, ce poids plume fragile et tremblotant est désormais celle autour de qui se concentrent les attentions de l'aide-soignante, tandis que le trio se jette plus que jamais dans des convulsions furieuses.


Ce monde sombre, froid, régulièrement visité par un groupe de vieillards, est celui d'un temps en suspension, immuable. Là, l'enfant a disparu - sa mère l'appelle en vain – le patriarche est parti, mais les danses et gestes se rejouent dans un incessant mouvement de miroirs. Ainsi de la danse du baiser du Salon qui réunit cette fois l'incroyable octogénaire Maria Otal et l'athlétique Samuel Lefeuvre, bouclant la boucle de l'éternel recommencement dans un corps à corps obsédant.

Tout comme le Salon, le Sous-sol est marqué par une virtuosité fascinante, tant dans sa composition scénographique, dramaturgique, que dans son interprétation. Les danses, basées sur des anomalies de mouvements et des contraintes soulignent avec force les impossibilités de communication et la dérive des sentiments. Nous sommes bien au sous-sol, dans une voie sans issues, et musiques, chants et chorégraphies suggèrent largement que le destin de cette communauté est scellé. Ici, la vie a fait son œuvre. Mais dans cet espace hors de toute temporalité jusqu'à l'étouffement, l'ensemble manque parfois d'humanité.

Ce milieu, capable seulement de la réitération des mêmes gestes, produit des sentiments de distance froide et clinique. Alors, à ce Sous-sol insensible, on préfère sans aucun doute les montées émotionnelles du Salon. Où, à travers les multiples thématiques du déclin s'expriment avec une humanité folle la confusion des sentiments. Peur de la solitude, délitement des passions, désarroi quotidien, disparitions annoncées, toutes ces conséquences inévitables de l'écoulement du temps sont ici transmises avec justesse et humour. Et l'art et la manière de Peeping Tom de toucher aux tabous familiaux, dont aucun de nous n'est exempté, confère à ces créations une énergie particulière.

                                                                           Caroline CHÂTELET (Paris)

Le Salon et Le Sous-Sol
Compagnie Peeping Tom
Spectacles vus en mai 2009 aux Théâtre de la Ville et  Théâtre des Abbesses

Le Salon - reprise
Chorégraphie et interprétation : Gabriela Carrizo, Franck Chartier, Samuel Lefeuvre, Simon Versnel et Eurudike De Beul, mezzo soprano.
Concept scénique et décor : Pol Heyvaert
Lumières : Gerd van Looy
Son : Glenn Vervliet
Conseil dramaturgique : Nico Leunen, Viviane De Muynk

Le Sous-sol - reprise
Création et interprétation : Gabriela Carrizo, Franck Chartier, Samuel Lefeuvre, Maria Otal, et Eurudike De Beul, mezzo soprano
Conseil à la création : Simon Versnel
Arrangement musical : Juan Carlos Tolosa
Son : Glenn Vervliet
Aide à la dramaturgie : Hildegard De Vuyst
Décor : Yves Leirs

Photo Le Salon © Marc Deganck
Photo Le Jardin © Marten Vanden Abeele

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Published by Caroline CHATELET - dans À Paris 2008-09
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