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Festival d'Avignon

23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 01:05
CADAVRES EN STRATES…

De par ses origines mêmes (roumaines), Matéï Visniec est un auteur hanté par les guerres qui ont sévi au cœur des Balkans pendant tout le XXème siècle. La vision qu’il en donne, qu’il entend en donner, n’est pas, tout au contraire, celle d’un Sirius… Elle se veut à ras de terre. Plus encore : elle fait corps avec la contexture même du champ de bataille. Et avec toutes les couches superposées des cadavres des victimes… Le problème qu’il pose à travers cette pièce : comment faire son deuil de tous ces morts ? Et quel avenir tout cela peut-il réserver aux survivants ?

Après la guerre, autour des ruines de ce qui fut leur maison, le père et la mère partent en quête du corps de leur fils qui a été tué dans les parages. La mère est prostrée. Le père creuse des trous pour trouver les restes du fils tout en entretenant avec lui un étrange dialogue. Car le jeune homme est là comme le témoin amnésique et quelque peu hilare des événements guerriers et des massacres de l’histoire qui ont fabriqué cet humus humain de toutes les nationalités, toutes victimes confondues dans le même magma d’une sorte de fraternité post mortem. Dans le même temps, Ida, la sœur du garçon est à Paris où elle se prostitue en chantant, partageant épisodiquement l’amitié d’un travesti.


Le voisin, ravi de voir revenir le capitalisme, a acheté la maison d’en face et s’est reconverti dans le commerce des voitures d’occasion. Mais,  devenu aussi collecteur d’ossements qu’il revend, il compatit avec les parents. Il propose au père de choisir un crâne et de quoi constituer un squelette à enterrer en tant que dépouille de son fils, afin que la mère puisse enfin faire son deuil…

Entre Almodovar et Kusturica…

On pourrait croire cette histoire d’une incroyable tristesse et abominablement sinistre. Or il n’en est rien… Ou plutôt, elle est en même temps sinistre et drôle… Comme les protagonistes qui évoluent parfois dangereusement à cheval sur d’improbables et fluctuantes frontières nationales, le ton donné au spectacle par le texte comme par la mise en scène l’installe dans un registre d’expression délibérément kitsch, entre Almodovar et Kusturica… Entre les scènes, une fanfare vient  ponctuer le déroulement de cette danse macabre virtuelle où les cadavres occupent le sous sol. Un sous sol sensé représenter la douloureuse mémoire collective d’une Europe encore à naître…

Chaque acteur incarnant alternativement plusieurs personnages, l’interprétation est très homogène. Jean-Luc Paliès – également metteur en scène – sait conférer au père l’opacité nécessaire. A l’exact opposé,  Philippe Beheydt donne au fils – plus exactement son fantôme théâtral – la transparence exigée. Katia Dimitrova (la mère), Claudine Fiévet, Alain Guillo, Miguel-Ange Sarmiento et Estelle Boin (Ida) sont tout à fait à la hauteur de l’enjeu : faire sourdre du très fort texte de Matéï Visniec toute sa puissance d’expression.

                                          Henri LEPINE (Avignon)


Le Mot Progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux
Comédie dramatique de Matéï Visniec
Mise en scène, lumières et scénographie : Jean-Luc Paliès. Compagnie Influenscènes.
Interprétation : Philippe Beheydt, Katia Dimitrova, Jean-Luc Paliès, Claudine Fiévet, Alain Guillo, Miguel-Ange Sarmiento et Estelle Boin.
Ce spectacle, coproduit par le Théâtre de Saint-Maur, Fontenay-en-scènes/Fontenay-sous-Bois, est  soutenu par la DRAC IDF, la Région IDF, le Conseil Général du Val-de-Marne, la SPEDIDAM, le fonds SACD et a bénéficié de l’aide à la création du Centre National du Théâtre.

Festival Off 2009. Du 7 au 26 juillet à 11h au Théâtre de l’Oulle, 19, place Crillon; Réservations : 04 90 86 14 70. 

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Published by Henri LEPINE - dans Festival Off 2009
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