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Festival d'Avignon

19 juillet 2006 3 19 /07 /juillet /2006 17:19
UNE ENVIE DE TOUT FAIRE SAUTER

Le Théâtre de l'Arcane, sis à Marseille, et dont la démarche générale est d'aller vers les populations du territoire de la vallée de l'Huveaune pour y installer des espaces de création, présente un spectacle élaboré en collaboration avec le Comité d'entreprise de l'usine Nestlé de Saint Menet.

La fermeture programmée de cette usine en 2004 a été à l'origine de nombreux mouvements de résistance de son personnel, sur tous les plans et notamment, ici, culturel. Ce projet de création théâtrale, magistralement abouti, en a fait partie. Dominique Cier, l'auteur du texte, Michel Bijon, le metteur en scène, les comédiens de la troupe, ont rencontré les salariés et les responsables du Comité d'établissement. De ces rencontres est né ce spectacle très fort et très beau dont on ne sort assurément pas intact.
Théâtre social ? Certainement. Politique ? Oui : tout le théâtre l'est par essence, même lorsqu'il s'en défend... Théâtre militant ? Ca me semble moins sûr... Tragédie ? Oui, collective, comme l'était par exemple la pièce Daewoo de François Bon, et dans le cadre de laquelle une ouvrière, inspirée de Rosaura, un personnage de Pasolini, va finir par perdre tous ses repères et sombrer dans la folie.

Le déroulement de la pièce est centré sur elle et sa personnalité, bousculée, déchirée et bouleversée par des événements qui lui échappent et qu'elle ne comprend pas... Comment comprendre en effet que l'entreprise dans laquelle on travaille, à qui l'on a donné tout son temps et sa vie, sa conscience même, une entreprise qui, en outre, fait des bénéfices, puisse fermer et mettre tous ses salariés à la rue et ainsi ruiner leurs vies ? Ne cherchez pas trop : la mondialisation néo-libérale est bel et bien passée par là...

Le plateau scénique est divisé en trois parties. Côté jardin : une pièce dans laquelle se retrouvent les salariés, le comité d'entreprise... Côté cour : une chambre de clinique, celle dans laquelle se trouve désormais notre héroïne/victime et où son mari vient la voir et qu'elle ne reconnaît plus. Et de temps à autre, une psychologue, une infirmière, sorte de « kapo » en blouse blanche.... Au centre, sur une estrade surélevée, des personnages emblématiques (D.R.H. notamment) dans des scènes qui témoignent d'un système d'exploitation de l'être humain dont le seul but est bien le profit financier maximum. Sur le mur du fond, une sorte de grande plaque à l'aspect métallique évoque un univers fait de froideur et de grisaille... De mort aussi. L'univers ainsi plus que suggéré, c'est bel et bien celui des camps de concentration : Auschwitz. C'est l'aboutissement logique d'un système socio-économique mis au service du seul capital financier et qui n'envisage l'être humain que sous forme de marchandise.
La bande son vient compléter efficacement ce dispositif : effets de voix, commentaires instructifs, et jusqu'à un extrait musical (Puccini) ô combien significatif de Tosca, celui qui précède immédiatement l'exécution – qui devait être simulée mais en fait sera bien réelle, théâtralement s'entend – de Mario Cavaradossi, l'amant de Fiora Tosca qui, elle aussi, en deviendra folle.

Pas de doute, nous sommes bien au théâtre, en pleine tragédie. Mais cette mise en abyme sonore ne nous fait pas oublier que ces événements furent bien – trop – réels. Tous les interprètes (Valérie Colaïocco, Amélie Etevenon, Nicolas Torrens, Cyrille Laurent, Bérengère Michel) sont excellents. Mais le personnage féminin sur lequel repose le spectacle est magistralement interprété par Virginie Aimone, une actrice bouleversante aux remarquables capacités de tragédienne.

Henri LÉPINE
www.ruedutheatre.info

La Tentation du Bazooka
Avignon Off Théâtre des Carmes. 6, place des Carmes
Jusqu'au 29 juillet 2006 à 11heures. Durée : 1h30.

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Published by Henri Lépine - dans Festival Off 2006
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