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Festival d'Avignon

22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 13:06

LA LANGUE DE SAMUEL DANS LA BOUCHE D'ANTOINE

Ce n'est pas un énième canular avignonnais ou une quelconque blague potache dont la cité papale nous abreuve jusqu’à l'écœurement. Non, ce Premier Amour est une petite merveille de programmation, servi par un acteur très doué sur une partition déjà incroyablement intelligente. Comme le talent mérite d’être pointé du doigt, ne mâchons pas nos mots : une leçon d’humilité pour tous, acteurs, spectateurs, auteurs. Et il reste peu de temps pour rencontrer ces deux messieurs.

Le premier est un immense écrivain Samuel Beckett. Un visage acéré comme une ancre marine, des yeux ténébreux bleu vif. Et surtout une forte capacité à s’abstraire des choses, qui font de sa littérature un océan de perplexité. Le second est un comédien, à la générosité rare, Antoine Herbez, une carrure imposante qu’encadre un visage délicat. Tous deux ont en commun cette vision. L’un par sa langue âpre qui dit les choses de l’amour sans afféteries et avec humour. Les amateurs de scatologie y croiseront quelques émérites âneries. L’autre par cette manière si particulière de s’effacer devant le texte, de se mettre en retrait. Avec pour seul outil un battement de sourcils, accents circonflexes ou crayon gras selon le ton. L’ensemble étant orchestré par Alexandra Royan, une metteur en scène perspicace qui a compris que la langue de Beckett se donne à entendre plus qu’à voir. Que tout en elle invite à la tempérance. Et qu’il n’est point d’autre musicalité à proposer que celle inscrite dans l’écriture. La forme même du soliloque convie le spectateur au processus de création.

L’histoire de Premier Amour est somme tout assez banale. Un jeune homme chassé de la maison familiale à la mort de son père, trouve refuge auprès d’une prostituée. Il la quittera lors de la naissance d’un enfant dont elle lui prête la paternité. Au passage, il a découvert l’amour. Le décor est minimal : une petite scène aux murs sombres, une lumière faiblarde, sorte de halo blanchâtre. Un homme à l’impressionnante silhouette nous accueille de dos, assis, le visage enroulé dans son pardessus. De ce physique herculéen, on ne saura presque rien. On devine seulement sous l’étoffe de briscard, un corps tellurique glacé dans l’immobilité d’une circonstance. Une âme torturée aux émotions contenues qui parfois s’autorise quelques incursions sarcastiques, parce qu’il faut bien rire de tous ces chamboulements. De ce premier amour, qu’il peine à identifier, il ne livre que des bribes. Sa fonction : prostituée. Son prénom : Lulu/Anne, au choix, vit ensevelie sous des tonnes de meubles ! De ce trop plein, il fera table rase. Puis, un enfant naît, de lui, paraît-il !

A l’heure où les sentiments sont décortiqués, livrés en pâtures au voyeurisme contemporain, on se réjouit de ces pudeurs, de ces délicatesses jamais surannées. Un récit des premiers émois sur un mode « asentimental ». Opaque, abstrait diront certains. Non, sensible. Et le sensible n’est pas nécessairement visible. N’en déplaise à ses pourfendeurs. Premier Amour est bien plus concret qu’il n’y paraît. De l’amour, il faut en recevoir pour en offrir. Alexandra Royan a reçu les mots de Samuel et elle restitue au centuple leur magnanimité. Par l’utilisation du diaporama, elle sort son personnage de son apparente immobilité. Debout, assis, de face, de profil, les images collées bout à bout rendent perceptibles les trémulations de son âme. Soudain, le cœur s’éveille au sentiment. Son visage perd de sa placidité. Pour finir, l’amour l’abandonne. De ce tracé encéphalique de la vie et mort du sentiment, on ressort bouleversé. Pas de larmes, chez Beckett, surtout pas, mais c’est le pas léger qu’on regagne la rue des Teinturiers.

Maia ARNAULD

www.ruedutheatre.info

Premier amour, de Samuel Beckett

Mis en scène par Alexandra Royan, interprété par Antoine Herbez

Théâtre de l'Ange,  15-17 rue des Teinturiers - jusqu'au 30 juillet 2006 à 13h30

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Published by Maia Arnauld - dans Festival Off 2006
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