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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 12:54
PORTRAIT D'UNE PETITE ENTREPRISE QUI NE CONNAIT PAS LA CRISE

Venir à Avignon sans voir Pierrette Dupoyet, c’est un peu comme visiter Paris sans voir la Tour Eiffel. On peut s’en passer, mais c’est dommage. Car Pierrette Dupoyet, c’est Le monument d’Avignon. Vingt-quatre ans qu’elle brûle les planches du festival et la flamme est toujours là. Et le public aussi.

En vingt-quatre ans, elle a eu le temps de dresser une sacrée galerie de portraits. Car cette actrice, auteur, metteur en scène est d’abord une biographe, une comédienne porteuse qui accouche chaque année d’un grand destin. Avant d’enfanter, elle se plonge pendant des mois dans la vie d’un personnage célèbre. Pour camper Don Quichotte, elle a suivi les cours au Collège de France, pour Soeur Emmanuelle, elle a passé plusieurs semaines avec les chiffonniers du Caire, pour Rimbaud, elle a été en Ethiopie. De ce voyage à l’intérieur d’une vie, elle tire une pièce à un personnage. La personne célèbre y raconte en toute intimité et dans une succession de saynettes, tous les moments importants de sa vie. C’est entre le jeu et le récit. Sorte de rap théâtral rythmé par la bande son de Jean-Marie Bourdat, un ancien élève de son cours de théâtre. A chaque fois, Pierrette Dupoyet incarne le personnage avec une fougue et une vérité qui nous transmettent son essence et ses aspirations réelles mieux que n’importe quel livre d’histoire ou documentaire. "Tous mes personnages ont en commun la conquête de la liberté et l’amour des autres. Je les défends et parfois les réhabilite . Tous sont des coups de coeur". Et le coeur de Pierrette bat souvent ! Rimbaud, Soeur Emmanuelle, Colette, Marguerite Yourcenar, Victor Hugo, Dreyfus, Alexandra David-Neel, Léonard de Vinci, Henri de Toulouse-Lautrec... et cette année, Georges Sand, Don Quichotte et Joséphine Baker.

Exporter la culture française

Pierrette Dupoyet est à la fois un musée vivant et une bibliothèque dépoussiérée. Traduite en huit langues. D’ailleurs, le Ministère des Affaires étrangères ne s’est pas trompé sur sa valeur patrimoniale. Il l’envoie régulièrement porter la culture française aux quatre coins du globe. Cent cinquante représentations par an à l’étranger organisées par le quai d’Orsay !  La comédienne est ravie et n’est pas loin de trouver cela normal: "les valeurs que je défends, l’humanisme, la tolérance, conviennent au ministère . Ce n’est pas la différence mais la ressemblance qui m’intéresse. Je crois à l’universalité. Nos larmes sont transparentes quelles que soient nos couleurs." Pour Pierrette Dupoyet, chaque représentation est un rendez-vous d’amour.

En trente ans de métier, ce tempérament de feu n’en a jamais manqué un seul. Et certainement pas celui fixé chaque année par le Festival d’Avignon! "C’est ma vitrine. C’est là aussi que je rencontre tous les programmateurs, les journalistes. J’ai fais pratiquement tous les festivals du monde, nulle part je n’ai trouvé autant de liberté. Ici, il n’y a aucune sélection, tout le monde peut venir s’exprimer. Chaque année, je présente un nouveau spectacle. Le public d’Avignon est le premier à juger mes pièces. Ce festival est mon laboratoire."

Cette année, elle présente trois spectacles. Pourquoi trois ? "Pourquoi pas quatre ?", rétorque l’infatigable. Et pourtant déjà, quel boulot ! Son planning est réglé à la minute près. Tous les jours, Pierrette colle les affiches de ses spectacles entre 5h et 6h heures du matin. Incroyable quand on sait qu’elle joue à guichets fermés et qu’il y a une liste d’attente pour chaque représentation! Mais pas question de faire relâche ! Les murs repeints de ses affiches, où son nom apparaît plus gros que celui du personnage qu’elle joue, comme un label de qualité, elle rentre, se douche et se rendort une heure. Ensuite de 7 heures à 9 heures, petit déjeuner et travail de secrétariat. Tous les mails sont lus, tous les dossiers de presse mis à jour. Il y en a un par spectacle, bleu outremer ou rouge carmin. Sur la couverture, en haut, son nom "Pierrette Dupoyet" s’inscrit en lettres d’or . En dessous, il y a une photo de ses mains qui lancent vers le ciel une gerbe d’étoiles également en or avec en sous-titre comme une évidence : "Un rendez-vous passionné avec la création". Une vraie littérature publicitaire à mettre entre les mains des journalistes et programmateurs. "Je n’ai pas d’agent, pas d’attaché de presse, je fais tout toute seule. Tout ne dépend que de moi." Une pro !

Une passeuse d’histoires et de passions

A 9h15, Pierrette Dupoyet est au Bourg Neuf où elle joue Georges Sand. Le spectacle est à 11h mais il faut du temps pour installer le décor. C’est elle qui l’a conçu, comme les lumières et le maquillage. "J’adore suivre les projets de A à Z. Je fréquente beaucoup les gens de la technique, plus que les autres comédiens. La technique et ses limites rendent humble."
A 11h  donc, elle est en scène. Dans la salle, un public conquis d’habitués qui la suit depuis des années et des nouveaux qui, s’ils suivent la règle, deviendront des habitués. Comme d’habitude, elle triomphe. Il faut dire qu’elle ne se ménage pas. C’est une passeuse d’histoires et de passions. "Pour moi, le théâtre, c’est la vérité, l’essence même de l’être et le partage. Mon objectif, c’est d’aller vers les autres et leur dire que rien ne vaut l’authenticité, qu’il faut avoir le courage de ses émotions et de ses pulsions".

Deux autres spectacles suivent dans deux autres théâtres différents à 14h30 et 18h. A la fin de chaque représentation, la comédienne renvoie les spectateurs vers ses autres prestations. Si vous avez aimé cette pièce, vous aimerez les autres. Et si vous aimez les pièces, vous aimerez aussi les livres, et le site internet. Et c’est vrai, les gens sortent conquis de la salle par "son énergie, son engagement, son appel incessant à la fraternité et aux belles valeurs humaines", par son récit aussi, souvent passionnant, de la vie des grandes figures choisies. Enfin, à 20h, c’est la quille. Pas tout à fait. Tous les soirs de 21h à minuit, l’artiste fait le bilan de sa journée avec sa fille Morgane, grande belle blonde discrète, "elle a un physique d’hôtesse de l’air !", qui veille sur l’activité maternelle. A minuit, c’est l’extinction des feux. Et cela recommence le lendemain ! Comme pour Sysiphe, espérons qu’elle est heureuse. Une vraie machine de guerre à Avignon, rodée depuis vingt-quatre ans à tous les combats festivaliers. Chaque année, les jeux son faits et la bataille gagnée. Et c’est mérité ! Parce qu’à l’instar de cette spectatrice, il faut le reconnaître : "Pierrette Dupoyet, c’est jamais pas bien !" Valeur sûre du festival et parfois dans un off pas toujours à la hauteur, valeur refuge, elle n’a pas fini d’être cotée à la bourse festivalière. Comme la Tour Eiffel, Pierrette Dupoyet vaut toujours le détour.

Agnès GROSSMANN
www.ruedutheatre.info

Georges Sand, l’Aurore d’une liberté.
Théâtre du Bourg Neuf à 11 H. 5 bis rue du Bourg Neuf
Réservations: 04 90 85 17 90

Don Quichotte, de Midi à Minuit.
Théâtre de l’Albatros à 14 H 30. 29 rue des Teinturiers.
Réservations: 04 90 86 11 33 et 04 90 85 23 23

Joséphine Baker,  un pli pour vous.
Théâtre de La Luna à 18 H. 1 rue Séverine
Réservations: 04 90 86 96 28
 
Le site de Pierrette Dupoyet.

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Published by Agnès Grossmann - dans Festival Off 2006
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commentaires

manuel Pratt 08/09/2006 12:45

merci pour cette lecture, elle m'a fait rire, le Quai d'Orsay en organisateur du développement de la culture, excellent !! Pourquoi pas Sarkozy directeur d'un cirque ...
Continuez, cela remonte le moral ! Et pas un mot sur la solidarité des comédiens par rapport au statut.. mais, c'est normal, on ne peut pas coller des affiches à 6 heures du matin et se positionner dans une société qui supprimme a parole aux artistes, d'ailleurs? P.D. jouait en 2003, normal, la grêve aurait été néfatse pour son image au quai d'Orsay ...
MPRATT

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