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Festival d'Avignon

23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 14:35
DES CRIS D'AMOUR, LA MORT, ET TOUJOURS L'AMOUR

Le jardin, une table, une chaise. Le vent. Les papiers de Pippo Delbono s’envolent. Il remercie une spectatrice qui les lui redonne. Il est timide et calme, il taquine avec le sourire son compagnon Pepe Robledo, qui se trouve à la régie son, derrière le public. Lentement, entre deux critiques ironiques de la société, Delbono commence à nous raconter sa vie.

Photo © Fred Nauczyciel

Il semble un enfant, un petit vieux assis à un bar, quelqu’un à la recherche d’affection. Sa vie remplace les critiques et les plaisanteries. Sa vie transforme la voix et le corps de l’acteur. Il fait un geste et Pepe met une musique. Delbono semble raconter son histoire à Pepe, tout lui raconter, encore une fois, lui répéter sa recherche du passé et de l’amour. Pippo Delbono ne lit plus, il se lève et il commence à jouer des textes de ses spectacles : du Temps des Assassins à La Rage ; d’Henry V au Silence. Il raconte ses morts, ses amours, ses rages, les dates fondamentales de sa vie, des dates toujours tombant en juin. Il décrit les petites rues décadentes et silencieuses de Gênes.

Récits de juin
est la narration intime de l’arrivée au théâtre de Pippo Delbono, de sa rencontre avec son monde d'êtres à la marge, différents, exilés pour toujours de la réalité. Le théâtre de Delbono n’est pas une philosophie conceptuelle, ni intellectuelle, c’est un acte intime et éthique à la recherche de l’origine de chaque discours et de chaque geste, de chaque désir, à la recherche de l’amour jusqu’à la mort. Le travail est étonnant. Les textes joués sont inspirés des écrits de Pier Paolo Pasolini, de Sarah Kane et de William Shakespeare. Ils vont jusqu’au bout de la répétition et du sens incompréhensible des mots : amour, mort et théâtre. Le langage est une construction désordonnée de phrases en italien et en français. Les monologues criés en italien restent des bruits de rage, avec des phrases gutturales qui restent dans le cœur du spectateur, lequel reconnaît des mots, encore amour et mort, et pleure.

Dans la performance de l’acteur, les nuances d’un registre à l’autre sont effacées. Delbono crie puis raconte tranquillement, puis il crie, puis il souligne une anecdote comique de son existence. Seules des émotions restent, des bribes d’image d’un corps qui se verse de l’eau sur la tête, qui se démène et agite les bras, qui sue, les cheveux dans les yeux. Le spectacle n’existe déjà plus. Nous avons retrouvé l’essentiel de nos vies, nous avons sué avec Delbono en effleurant tous les morts connus et aimés. Comment réussir à raconter le sifflement de Delbono dans la bouteille de bière à la recherche de l’amour perdu ? Comment réussir à dire son bras qui répète des cercles autour de son corps assis au sol ? Et la tête qui tourne en rond, les yeux fermés ? Les spectateurs sont des étrangers les uns par rapport aux autres, mais ils se reconnaissent dans leur intimité. Sans vidéo, sans décors, sans costumes, Pippo Delbono raconte sa vie et la vie des autres, par son corps halitueux et sa voix pénétrante.

Mattia SCARPULLA
www.ruedutheatre.info

Récits de juin, mise en scène et interprétation de Pippo Delbono, son de Pepe Robledo, a été présenté au Musée Calvet, du 17 au 20 juillet, Festival Avignon In.
Information : www.pippodelbono.it

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Published by Mattia Scarpulla - dans Festival In 2006
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