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Festival d'Avignon

24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 16:08
MAGIC CAR

Sous la chaleur plombante de Villeneuve lez Avignon, à la plaine de l’Abbaye, là où les Cartoun Sardines ont cette année élu domicile au milieu d’autres compagnies, parmi les roulottes, dans un esprit forain qu’ils affectionnent, Philippe Car me reçoit ; à deux pas du chapiteau où chaque soir plus de 250 personnes viennent s’émerveiller et faire bombance de la féerie et de l’inventivité de ces délirants saltimbanques, qui revisitent les grands textes. Torse nu, larges lunettes de soleil, bob sur la tête, difficile de croire, avec son allure de trentenaire et l’intacte étincelle qui l’anime lorsqu’il évoque son métier, que le boss de la compagnie Cartoun Sardines approche la cinquantaine. Les Marseillais ne sont pas nés d’hier.


Le début de l’aventure ?

« C’est dans une école de mime en 1978 que tout a commencé, chez Pinok et Matho, elles-mêmes élèves d’Etienne Decroux. C’est là que nous nous sommes rencontrés avec Patrick Ponce (ndlr, son associé), nous étions deux Marseillais de 20 ans à Paris et avions découvert une façon de travailler encore peu répandue à l’époque, qui ensuite a débouché sur l’École de Jacques Lecoq. Nous sommes revenus à Marseille avec l’idée de travailler ensemble et de transmettre ce savoir en mettant en place notamment des cours de théâtre. (…) C’est un travail spécifique où l’acteur-instrument travaille beaucoup à partir du corps, mais aussi de la voix, en fait, nous n’avons pas appris à faire du mime, mais à inventer du théâtre, à développer une imagerie théâtrale à partir de tout ce qui est à la disposition de l’acteur, ce qui inclue aussi la marionnette, le théâtre d’ombres etc. »

La recette magique du succès des Cartoun ?

« Si nous sommes populaires, c’est parce que nous faisons un travail que nous voulons extrêmement populaire. Je crois que c’est le fait de vouloir rendre les gens heureux, de leur raconter des histoires, comme aux enfants, même si elles sont parfois terribles, souvent énormes et rocambolesques. J’aime l’idée que les gens viennent au théâtre comme ils vont au restaurant. On fait tout pour mettre de la magie dans les spectacles, et l’on met aussi le spectateur en condition, en confiance, avant et après, par exemple avec les loges et les coulisses à nu. Un peu comme si l’on montrait les cuisines d’un restaurant. C’est important pour nous de faire croire à un univers en montrant au public comment on le lui fait croire. On aime que les gens se rendent complices de ce qu’on fait ; et puis, il y a cette part de loufoque, on voit une moustache, un chapeau, une paire de lunettes, et le spectateur retrouve sa part d’enfant et a envie d’en faire autant. (ndlr, dans les villages Cartoun, l’avant est aussi un moment où l’on casse la croûte et l’après est constitué d’une surprise musicale type fanfare). Ainsi, ce n’est plus l’esprit qui dirige, mais nos sens qui prennent le relais et le spectateur se laisse porter. Pour reprendre les mots d’Ariane Mnouchkine, « le spectacle se situe au-dessous du sourcil." »

Toujours de grands textes ?

« En trente ans, nous avons monté finalement six ou sept pièces du répertoire, avec de grands auteurs, alors qu’on a fabriqué plus de vingt-cinq spectacles, beaucoup de créations. On fait plutôt le choix d’un univers d’auteur, c’est pour cela qu’on choisit une pièce qui n’est pas forcément la plus représentative de l’auteur aux yeux du grand public. Par exemple, avec le Malade Imaginé, inspiré du Malade Imaginaire on a souhaité rendre compte de l’atmosphère d’une certaine époque et aussi bien sûr rendre hommage à l’auteur, tout le monde sait qu’il eut son dernier souffle sur cette pièce-là. Avec le Conte d’hiver de Shakespeare, on a voulu croiser tragédie et comédie, aller voir les sources mêmes utilisées par le dramaturge anglais, voir quel a été son propre chemin d’inspiration. Et puis il y a aussi le théâtre de boulevard avec La Puce à l’oreille de Feydeau, qui au départ nous semblait pourtant éloigné de nos centres d’intérêt. »

Tragedy ?

« Avec Tragedy, nous sommes dans une approche plus thématique. On a commencé à y réfléchir en 2003 avec les grèves des intermittents. On s’est remis en question, quelle est notre nécessité, nous, artistes avons-nous une fonction dans la société ou sommes-nous simplement des amuseurs ? On a donc travaillé sur les origines du théâtre, depuis la naissance de l’homme et les premières pièces de théâtre écrites avec des mots pour toucher à l’essence du fonctionnement de la société humaine. (…) C’est vrai, le public nous le dit, il n’y a pas d’histoire d’amour dans Tragedy, enfin si, de l’amour paternel, maternel, filial, fraternel, mais il y a surtout de grands rôles féminins, dans la tradition du théâtre grec, différent de notre patrimoine, plus avare en personnages féminins de premier plan. »

A qui vous comparer, Molière, Royal de Luxe… ?

« C’est vrai qu’avec Royal de Luxe (ndlr, compagnie de théâtre de rue, rendue célèbre par son Peplum, machineries extraordinaires et gigantisme des personnages), nous sommes toutes deux des troupes des années 70, issues des collectifs de création. (…) Ce qui compte pour moi, c’est constamment le retour aux sources. Antonin Artaud disait que « le théâtre est oriental ». Je m’inspire beaucoup du théâtre traditionnel indonésien, notamment à Bali où je me rends souvent. Il a lui-même inspiré la Commedia Dell’Arte, c’est notre héritage. Ce que nous produisons, c’est un théâtre traditionnel inventé, un théâtre de tréteaux, de numéro, de cirque, de la prouesse, du clownesque, oui, nous sommes très influencés par le spectaculaire. Ainsi, dans un spectacle, nous soignons tout particulièrement les entrées et les sorties. »

Des styles différents ces dernières années : confusant pour le public et la critique ?

« L’histoire des Cartoun Sardines, c’est l’histoire de deux personnalités et des directions artistiques parfois différentes. Avec Patrick Ponce, depuis trente ans, nous avons déjà pris des périodes pour travailler un temps sur des choix plus personnels. Patrick a voulu ces dernières années travailler sur le thème du diable, d’où un Faust (ndlr, présenté avec succès au cinéma Utopia Avignon Off en 2004) Le Diable en personne (ndlr, présenté au Chêne Noir Avignon Off 2005, spectacle très critiqué) et un troisième volet en préparation : Lulu. Disons qu’il y a deux identités, l’esprit Philippe Car, porté sur des spectacles festifs, l’esprit caravane, cirque et chapiteau et l’esprit Patrick Ponce, à l’approche plus intimiste. (…) Vous savez, c’est une prise de risque à chaque fois de faire un spectacle. D’ailleurs cette année, nous n’avons pas notre village entier à l’île de la Berthelasse pour des raisons budgétaires. Nous devons faire vivre trente personnes chaque mois, quatre permanents et le reste d’intermittents, avec un budget de 800.000 euros et seulement 20% d’aides et de subventions. »

Le In, c’est pour quand ?

« J’ai lu beaucoup d’articles et d’interviews des artistes invités dans le In dans la presse et je trouve que le In est loin de nos préoccupations, loin du public, de notre manière d’aborder cette discipline, loin de la fête. A Villeneuve, nous avons trouvé un regroupement de vraies troupes, nous avions l’impression que cela n’existait plus, des maisons sur roulottes, un outil de travail à vue, un esprit forain qui apportent un bonheur réel et immédiat au public. Il y a quelques années avec Bernard Faivre d’Arcier (ndlr, ancien directeur du Festival d’Avignon jusqu’en 2003), on avait évoqué l’idée que le In puisse reconnaître notre existence sur l’île de la Berthelasse. Une reconnaissance du In pourrait nous permettre, c’est vrai, de pouvoir jouer dans des théâtres qui ont plus de moyens, pour pouvoir être plus confortables de temps en temps, et ainsi accéder à une reconnaissance par des lieux institutionnels qui nous boudent jusqu’à présent. »

La relation théâtre / public ?

« Je crois que depuis quelques années, l’esprit du théâtre est gâché dans la tête des gens. Beaucoup nous disent, « c’est bien ce que vous faites, c’est pas du théâtre ». Les gens associent le théâtre au fait de s’ennuyer. C’est l’ère du metteur en scène qui a cassé des choses depuis les années 50 en imposant ses vues au détriment de spectacles portés, fabriqués et représentés par les acteurs. Vilar, lui, se présentait comme un régisseur. Le metteur en scène est celui qui régit les idées. En Allemagne, en Italie, c’est cette conception là qui perdure. Pour être un bon metteur en scène, il faut avoir le moins d’idées possibles. Faire face au plateau et lever la main quand on s’ennuie ; on se laisse trop facilement bluffer par ses propres idées, alors qu’il faut se concentrer sur ce qui se produit entre acteurs et ce que produit l’action. »

Vous allez voir quoi au théâtre ?

« J’ai de l’admiration pour deux couples de Belges, Yves Hunstaed et Eve Bonfanti et Abel et Gordon, des vrais clowns. Et parmi mes références, il y a bien sûr le Théâtre du Soleil dont je n’ai jamais raté un seul spectacle. J’aime le caractère épique du travail d’Ariane Mnouchkine. Dans Le dernier Caravansérail, on est dans le domaine du journal télévisé retransmis au théâtre par un poète, c’est un pari fou et magnifique. Et je suis aussi un passionné de l’expérience et des choix artistiques de Peter Brook, tout son chemin expérimental pratiqué avec des acteurs étrangers, ses improvisations en Afrique, c’est un théâtre d’une grande simplicité en même temps. Voilà donc deux extrêmes qui me guident en Occident. »

Si vous étiez un personnage de théâtre ?

« Je pense que le personnage du professeur Hercule dans Tragedy me convient bien. C’est un scientifique rêveur, rempli d’innocence et prêt à croire à tout. Comme pour mon rôle de berger italien dans le Conte d’hiver. Un naïf à qui rien ne pose problème, qui n’a pour seule envie que celle de vivre tranquillement et d’aimer ses enfants. On m’a toujours dit que la vie n’est pas un conte de fées et je continue à vouloir penser l’inverse. (rires) »

Propos recueillis par Stephen BUNARD
www.ruedutheatre.info

-Roméo et Juliette, jusqu'au 17 juillet à 18h
-Tragedy, jusqu'au 23 juillet à 22h15
Festival Off - Villeneuve en Scène
Plaine de l'Abbaye, Villneuve Les Avignon

En savoir plus sur les Cartoun Sardines.

Photo © DR - Philippe Car dans Histoire de Taor Malek, quatrième Roi mage
 

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Published by Stephen Bunard - dans Festival Off 2006
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