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Festival d'Avignon

25 juillet 2006 2 25 /07 /juillet /2006 13:03
ÊTRES AUTOMATES

La pièce nous enveloppe peu à peu dans une atmosphère pesante, quasi irréelle, dans laquelle il n’y a plus de codes qui tiennent. Un couple, lui et elle (on ne saura jamais leurs noms) a fait le choix de s’isoler, de se reclure même, loin du monde, loin des autres pour être enfin « seuls ensemble, seuls l’un près de l’autre. ».


Autour de cette maison qu’ils viennent d’acheter, aucune âme qui vive. La vision de la mer pour seul horizon, le ressac des vagues pour seul bruit extérieur. Nos deux personnages sont là en symbiose, mais rapidement leur état fusionnel relève plus d’une angoissante relation. Ce n’est pas le bonheur simple et rêvé des amoureux qui rêvent d’être seuls au monde, c’est quelque chose d’autre, de plus pernicieux. Elle et lui parlent, se déplacent de façon fantomatique. Leurs mots comme pour mieux cerner la réalité reviennent à la manière d’une lancinante et inquiétante rengaine. On en compte à peine deux cents qui se croisent, se répètent avec d’infimes variations. Ce langage automatisé pousse les dialogues à la frontière du réel. En même temps, il nous hypnotise et à mesure que l’on s’immerge dans la pièce, on est pris dans cette transe verbale quasi métaphysique.
Nos deux personnages en sont donc là à échanger sur le bonheur d’être enfin seuls. Et pourtant elle le sait, « quelqu’un va venir ». Son intuition vire progressivement à la paranoïa et les voilà bientôt obsédés par cette présence potentielle qui viendrait troubler leur intimité. Soudain, on frappe à la porte. La figure de l’étranger apparaît sous les traits du jeune homme qui leur a vendu la maison. Celui-ci a rapidement un comportement troublant, insaisissable. Sa venue matérialisée l’angoisse qui flottait jusque là. Et pourtant rien ne se passera vraiment.

Tout l’art de l’écriture est d’inquiéter sans raison palpable, de suggérer un éventuel drame. Les comédiens Nathalie Pivain et Frédéric Gustaedt poussent le jeu au maximum. Ils déambulent l’air absent et débitent leur texte lentement, chaque mot bien articulé. Ils excellent à nous faire douter. On ne parvient pas à savoir s’ils sont seulement un peu robotisés ou si leur curieuse attitude cache une folie plus profonde.
Quant au visiteur, Thierry Belnet, son rire tonitrue avec des accents inquiétants et son sourire reflète un indéfinissable malaise.
La mise en scène, signée Nabil El Azan, trace un espace confiné. Le plateau est nu seulement habillé d’un éclairage géométrique qui laisse apparaître les ombres des personnages. Une interprétation envoûtante, dérangeante de ce texte où les mots défilent avec langueur, réduits à leur essence première.

Anne CLAUSSE
www.ruedutheatre.info

Quelqu’un va venir
De Jon Fosse - Texte français de Terje Sinding
Mise en scène Nabil El Azan
Avec : Nathalie Pivain, Frédéric Gustaedt, Thierry Belnet

Avignon Off 2006 Théatre Gilgamesh 2, bis place des Carmes, 84000 Avignon
Réservations : 04 90 25 63 48
Du 6 au 29 juillet – 17h45 Tarifs : 14,5/10/5€

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Published by Anne Clausse - dans Festival Off 2006
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