Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 14:02
SOUVENIR VIVANT

Marguerite Duras vécut la dernière guerre, à la fois en tant que femme, dont le mari fût déporté, résistante et bien sur écrivaine. Durant cette période elle tint un journal dont elle rassembla une partie des écrits dans l’ouvrage La Douleur . « La Douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot ‘écrit’ ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un phénoménal désordre de la pensée et du sentiment auquel je n’ai osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte ».

C’est sous la forme d’un monologue que se livre la pièce adaptée de l’œuvre. Le récit naturellement, violemment, habite la comédienne et nous percute comme sorti de ses tripes. C’est la fin de la guerre. Une femme attend son mari. Ne pouvant croire à sa mort dans les camps, elle cherche le moindre signe de son existence, prête à défier le destin. La sonnerie du téléphone, une conversation avec les premiers déportés revenus, tout est sujet à faire rejaillir son espoir et sa certitude. Pourtant il lui arrive aussi de le croire mort. Elle imagine alors où, quand , comment, sa vie s’éteint. Puis sa foi revient. Plus tenace encore, elle imprègne tout son être agité. Ce retour qui se fait désespérément attendre la plonge dans un quotidien où l’enfer de la guerre résonne comme un écho. Un jour, enfin, il revient. Méconnaissable. Ses traits cadavériques, son corps décharné n’ont plus grand chose d’humain mais il est là bien vivant, ayant vaincu l’inexprimable. Doucement, péniblement, il ressuscite, reprend forme humaine.

Le texte avec des mots vrais, crus, raconte ce cheminement de l’attente vers les retrouvailles. Un parcours empreint de douleur, où le retour apparaît à la fois comme une victoire inespérée mais aussi comme le choc entre deux êtres marqués qui ne pourront finalement plus vivre ensemble. Au centre de cette pièce, la figure féminine se dresse stoïquement. Même dans ses égarements et ses craintes, elle reste fière. La colère et l’envie de se battre l’habitent bien plus que le désespoir. Arlette Téphany crie ces paroles du plus profond de ses entrailles. Elle prête une voix chaude et rauque au texte qui s’anime d’une force inébranlable. Théâtre et réalité se confondent, s’entrechoquent pour lutter contre l’oubli.
La mise en scène de Julien Stéphany, épurée se concentre sur le personnage féminin, qui emplit l’espace de la scène. Celle-ci se dévoile petit à petit. A la toute fin, elle s’offre, libérée et magnifique, aux regards, pour crier le triomphe de cet homme face à l’horreur et le sien face à la douleur.

Anne CLAUSSE
www.ruedutheatre.info

La Douleur
De Marguerite Duras
Avec Arlette Téphany
Mise en scène Julien Téphany Avignon Off 2006

Théâtre du Ring 13, rue Louis-Pasteur 84000 Avignon Tél. 04 90 27 02 03 - À 11h, du 6 au 27 juillet Tarifs : 16/11€

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne CLAUSSE - dans Festival Off 2006
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche