PUISÉ À L'ENCRE DE MON VINDans son dernier livre, il les a toutes écrites : ces petites phrases sur le vin sorties de sa plume de magicien. Originaire de Molan sur Ouvèze dans les Baronnies (26), non loin de Vaison la Romaine, ce quadragénaire a rédigé un recueil d’aphorismes sur le thème de la terre, de la vigne et du vin. Et, si tout créateur a besoin d’un terreau, Bernard Sorbier, à la fois journaliste et écrivain a trouvé celui qu’il fallait pour cultiver son jardin. Parce que le vin, c’est tout un monde, ce joueur de mots a ensuite aiguisé son regard sur les sens en présentant sur scène le monde du vin. Un peu comme on construit un tableau, au rythme des compositions et des plans, Bernard Sorbier nous livre ses impressions et ses métaphores sur le vin, la viticulture, la terre et les femmes. Parce qu’il sait que sans l’essence, la vie n’a plus de sens, il pèse les mots comme pour mieux colorer ses élans viniques. Et il tisse son spectacle comme une araignée sa toile.
En novembre dernier, déjà, il était sur scène au Théâtre du Chien qui fume à Avignon. A la question de savoir s’il a su combler la solitude du public, il reste difficile de répondre mais tout de même, cette première création a l’audace de tenter de le désaltérer avec un précieux breuvage, qui a régalé nos Dieux depuis l’Antiquité. Et pour cause : à la fin du spectacle, après ce bouquet de mots, une dégustation de vin est proposée au public. Dans cette représentation, les mots acquièrent une véritable ligne narrative autour du vin, de la vigne et du métier de vigneron qui ne trouve qu’un écho : la poésie. La mise en scène, sobre et minimaliste ordonnée par Gérard Vantaggioli ne donne que plus de présence à celui qui semble se jouer de la comédie du vin. Qui aime les mots qui claquent pourra percevoir les arômes s’évadant des dégustations imagées de Bernard Sorbier. Tel un corbeau poudré de rose, il nous livre une fable sur le vin. Et, si vous êtes attentif, il vous parlera même de ce Petit Prince du Vin qui ne veut pas qu’on lui dessine un mouton, qui parle de la femme idéale de sa cave intérieure, des métissages de la viticulture, des flancs et des coteaux de Mère Nature. Et même, de la déprime qui guette la viticulture aujourd’hui.
Finalement, avec l’approche q’il nous livre de la dégustation, on comprend assez vite que c’est peut-être malgré tout grâce au vin, que la vie devient buvable, comme il dit. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut mettre de l’eau dans son vin, et pour preuve Bernard Sorbier, lui, y jette l’encre.
Christelle ZAMORA
www.ruedutheatre.info
Des Mots dans mon vin, de Bernard Sorbier
Avignon OFF A l’Hotel de Sade Rue Dorée
Jusqu’au 28 juillet à 20h45 - Tel : 04.90.85.25.87
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