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Festival d'Avignon

5 août 2006 6 05 /08 /août /2006 01:52
SOLILOQUES DE L'INNOCENCE

Debout devant nous, et face à un tremplin aussi bleu que ses yeux étonnés, innocents, d'enfant perdue, une jeune femme nous avoue sans honte la peur viscérale qui est en elle.

D'ailleurs, c'est de famille... Elle est d'une famille de gens lâches, mais gentils... Elle trouve que la gentillesse est une qualité, alors que « la témérité, c'est de la connerie... ». Toute jeune, elle a vu mourir un de ses petits copains, tombé « comme une merde » d'un toit où il s 'accrochait pour frimer... Depuis, elle a peur. Et sa peur s'est étendue à tout ce qui fait sa vie, la vie... Elle nous raconte son départ en vacances en Italie avec ses parents. Elle avait seize ans. Sur l'autoroute, un accident, stupide comme la plupart des accidents. Un jeune et beau motocycliste est victime d'une collision suite à une manoeuvre imbécile d'un automobiliste pressé. Il meurt devant elle, sous ses yeux... Ceci n'est évidemment pas fait pour améliorer le mental de la jeune fille. Toute sa vie sera désormais placée sous le signe de la peur panique. Peur de tomber. Peur du ridicule.

Photo : Jeanne Rosa et Diastème © Richard Schroeder

Mais surtout, peur de l'autre conjuguée à la peur d'aimer, car aimer, c'est s'exposer à souffrir... Le sens de l'altérité propre à chacun de nous est peut-être né dans ce fabuleux et mythique Jardin d'Eden dont parle la Genèse, quand Eve offrit à Adam une pomme dans un geste spontané d'amour et de partage. Mais ce premier cadeau de l'une à l'autre fut ressenti ensuite par chacun d'eux comme un geste de désobéissance, de transgression, générateur d'un sentiment, devenu inné par la suite, de culpabilité par rapport aux consignes d'obéissance à cette entité, aussi improbable que monstrueuse, que d'aucuns appellent « Dieu »... A l'origine probablement de ce postulat paradoxal, pour chaque être humain à naître, de devoir assumer une innocence coupable, en quelque sorte...

Sur ce thème éminemment paradoxal, « oxymorique », Diastème a écrit un très beau texte sur mesure, pour Jeanne Rosa, jeune comédienne particulièrement douée. Bien qu'elle s'adresse à un personnage off que nous ne verrons jamais, qu'elle appelle « Monsieur », il s'agit bien du soliloque – ou même d'un dialogue sans réparties et sans répliques - d'une jeune femme, lancé comme un cri de détresse, peut-être à l'auteur, mais peut-être aussi à chacun de nous, spectateurs, un appel au secours pour, en allant enfin vers autrui, sortir d'une solitude insupportable, même si cela doit se faire au prix d'une souffrance... Car « dans tomber amoureux »... il y a aussi « tomber, Monsieur, je suis désolée »...

Personnage errant, innocente, parmi les dangers et les turpitudes du monde réel – il faut l'entendre raconter, avec un détachement qui n'est assurément que de façade, les leçons de fellation que sa mère lui donna un dimanche matin, tout en préparant le lapin à la moutarde, conseils qu'en fille obéissante, elle s'empressa de suivre – l'anti-héroïne créée par Diastème n'est pas sans rappeler la Justine de Sade. Victime innocente de tous les abominables libertins qu'elle a croisé sur sa route, Justine ressort de toutes ses mésaventures aussi pure et intacte qu'au début. A telle enseigne que son géniteur littéraire, pour s'en débarrasser, décide de la faire périr dans un orage, foudroyée par un éclair... A son personnage, Diastème n'en impose pas tant. Il lui demande seulement un peu de foi, de confiance en l'autre, en la vie enfin... Le cadeau essentiel à se faire à soi-même pour conjurer sa peur et, comme la Tour de Pise, continuer à pencher... sans tomber.

Henri LÉPINE
www.ruedutheatre.info

La Tour de Pise, de Diastème, avec Jeanne Rosa.
Théâtre La Luna, à 19 heures. Du 7 au 29 juillet 2006.

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Published by Henri Lépine - dans Festival Off 2006
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