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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

12 juillet 2003 6 12 /07 /juillet /2003 13:17
UN DIVAN POUR DEUX

Que faire lorsqu’on est un roi infantile et fantoche, flanqué d’un ministre conseiller, tantôt coach, tantôt fou du roi, et que, dans le désert de cette absurde relation, l’on s’emmerde ferme ? « Qu’est-ce qu’on pourrait inventer ? », s’interrogent nos sinistres sires, que l’on plaint dès les premiers instants. Bouger le lit de place, arroser Fifi la plante, jouer des personnages de comédie ou partir en voyage, loin, très loin ?

Dans cette longue attente de l’indescriptible, nous nous interrogeons aussi : ont-ils ces deux-là réellement le pouvoir ou sont-ils en prison ? Le parti pris de la mise en scène sobre et fouillée de Fabrice Lebert est de montrer deux personnages qui crient d’humanité, dans toute la vérité de leur pitoyable nature. Architruc le roi et Baga son ministre, nous font bougrement penser à Vladimir et Estragon dans En attendant Godot chez Beckett. Une version côté nantis, où le burlesque le cèderait au désenchantement et qui dépeindrait avec une aussi cruelle justesse les tourments existentiels, le temps qui passe et la vieillesse qui, sans unité de temps, sournoisement s’installe.

Certes, la pièce décrit le drame du pouvoir, ses responsabilités et ses irresponsables, car comme soupire Baga, « depuis le temps qu’on a rien fait, même pas une petite guerre, on se rouille . » Mais c’est aussi une formidable relation de couple entre deux névrotiques, l’un se sert de l’autre pour régler sa relation au père, « j’ai envie de te parler de mon enfance », supplie le roi enfant. Avide d’être aimé, Architruc a une conscience de substitution, celle distillée par son ministre via un grammophone et il n’arrive pas plus à atteindre sa couronne, accrochée à un élément de la pièce, qu’un enfant n’y parviendrait avec un pot de confiture. L’autre, Baga, sombre peu à peu dans la douce folie de ses frustrations cuites et recuites.

Xavier Chevereau campe avec sincérité un Architruc hébété et attendrissant, roi sans divertissement, aboulique et extrêmement fragile, conscient même de ses manquements à honorer un « trône imm-hérité ». Cédric Zimmerlin endosse en Baga plusieurs rôles qui attestent de la largeur de gamme de ses talents, reflétant les errances d’un être usé, comme les ambitions toujours tapies d’un homme de l’ombre, toujours prêt à se déguiser en Dieu. Beckett disait de l’auteur : « Pinget, c’est de l’orfèvrerie ». Alors Fabrice Lebert, metteur en scène avignonnais de 26 ans et ses deux excellents jeunes comédiens, tous passés par l’ENSATT, sont de ce précieux artisan les dignes apprentis.

Stephen BUNARD

Architruc, de : Robert Pinget Mise en scène : Fabrice Lebert Distribution : Xavier Chevereau, Cédric Zimmerlin, Fabrice Lebert. Lieu : Théâtre Tremplin, Avignon. Horaire : 14h - Durée : 0h55 Création Avignon

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Published by Stephen Bunard - dans Festival d'Avignon 2003
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