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Festival d'Avignon

27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 01:18
FERDINAND ET SON DOUBLE

Avec L’Homme qui danse ou la vraie Danse du diable, Philippe Caubère joue sa vie au théâtre du Rond-Point. Dans le second volet, Le Théâtre selon Ferdinand, l’acteur revient sur ses rêves d’adolescent.

Une chaise vit l’expérience de la solitude sur scène. Noir. Philippe Caubère est là, dans la lumière chaude et diffuse absorbée par d’épais tapis qui jonchent le plateau. Un saltimbanque prestidigitateur. Immobile, le temps d’une respiration, l’acteur devient L’Homme qui danse. Un souffle inaugural qui fait craquer l’espace-temps. Une déflagration liminaire de l’explosion à venir.

Philippe Caubère © Michèle Laurent

Et le spectateur se retrouve dans la chambre de Ferdinand, 13 ans, appliqué sur sa rédaction, mâchouillant son plume à la recherche de l’inspiration. « Qu’est-ce que le bonheur ? ». Comme la cartouche d’encre, l’imagination éclate et Ferdinand en fout partout. Le bonheur, c’est convier le général de Gaulle, Mauriac et Sartre, pour déblatérer poésie et politique entre hommes. Le bonheur, c’est twister au côté de l’idole des jeunes Johnny Hallyday, un bon copain. Le bonheur, c’est se prendre pour Gérard Philippe, traversant à sauts de chat la cour du Palais des Papes à Avignon. Le bonheur enfin, c’est d’avoir un orgueil et des ambitions démesurées. Le bonheur, c’est tout simplement le rêve de théâtre.

Dans Le Théâtre selon Ferdinand, Philippe Caubère se mesure à ses rêves d’adolescent et leur donne corps sur scène. Il gesticule, soliloque, jubile, colère, court et danse : il vit son existence de jeune homme dans le jeu et par le jeu. Le théâtre est total. Et pour le spectateur ça déborde. Les personnages fourmillent. Philippe Caubère enchaîne poses et accents, la stature éléphantesque du Général à un Mauriac rabougri et étriqué, jusqu’à la tartufferie finale, l’oral du bac, fardeau pour Ferdinand, sésame indispensable pour sa mère, bourgeoise de province, décontenancée par les velléités théâtrales de son fils.

Il y a quelque chose d’irréductible au mot dans ce spectacle de Philippe Caubère, comme dans les cinq autres de la comédie fantastique L’Homme qui danse ou la vraie Danse du diable. Car l’acteur touche à une sincérité et à une vérité quasiment ineffables. Pour raconter une vie entièrement dévolue au théâtre, l’acteur s’est inventé une écriture propre, au gré de laquelle les gestes coulent, sans même que le spectateur s’en aperçoive. Et l’illusion fonctionne, mieux que partout ailleurs, tant la frontière entre la vie et le théâtre est mince. Ferdinand vit par Philippe Caubère et Philippe Caubère vit avec Ferdinand. Une intimité qui est partagée avec le public. Car ni l’existence de l’acteur, ni l’existence du personnage n’auraient de sens sans la présence du spectateur. Le spectacle prend alors des airs de conversation. Une confiance plus qu’une connivence s’installe entre le trio.

Ce sont finalement des évidences toutes simples qui tiennent dans le projet de Philippe Caubère. Peu importe que l’on soit touché ou non par l’histoire et par la manière dont elle est racontée sur scène. Peu importe que l’on soit sensible ou non au talent de Philippe Caubère. L’ambition de l’acteur emporte tout sur son passage. Cet orgueil, péché brandi par la mère de Ferdinand, est mis au service du théâtre. Le comédien se donne dans une sincérité nue, mais toujours dans sous l’artificielle lumière d’une poursuite théâtrale. Le tout confine au merveilleux.

Marion GUÉNARD (Paris)

Philippe Caubère, L’Homme qui danse ou la vraie Danse du diable,
comédie fantastique en six épisodes.
Jusqu'au 30 décembre 2006.
Théâtre du Rond-Point. Réservations : 01 44 95 98 21 ou 0892 701 603.

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Published by Marion Guénard - dans À Paris 2006-07
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