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Festival d'Avignon

27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 16:34
ALCHIMIE POÉTIQUE ET THÉÂTRALE

En ouverture de sa nouvelle saison, le Théâtre du Chêne Noir (Avignon) a donné le 22 septembre une représentation de Mireille de Frédéric Mistral, adapté et mis en scène par Gérard Gelas. Cette reprise pour une seule soirée était en réalité le prélude à une tournée nationale de ce spectacle, créé à Arles en décembre 2004, donné ensuite à Avignon en janvier/février puis en juillet 2005 (Festival Off) et sur l'espace du théâtre antique d'Arles.
 Photo © Marc Ginot

Plus de 15.000 spectateurs ont pu ainsi (re)découvrir cette version théâtrale d'une oeuvre emblématique de la culture d'une région – la Provence - encore trop méconnue. Pour beaucoup, cette adaptation de Mireille a été aussi la source de multiples révélations : d'abord celle d'un texte dont la puissance poétique, indéniable, se trouve ici installé dans la « modernité » par le biais d'une adaptation et d'une mise en scène très ingénieuses, enfin deux comédiens (Alice Belaïdi et Damien Rémy) – tous deux issus des Ateliers du Chêne Noir – qui manifestent des qualités exceptionnelles d'expression et d'émotion. Gérard Gelas a situé « Mireille » dans « une discothèque où un DJ devant ses platines devient amoureux d'une toute jeune fille. Ne sachant comment lui dire son amour, il va lui offrir le récit de Mistral ; il deviendra Vincent, elle sera Mireille.

On ne saurait imaginer plus simpliste, plus artificielle entrée en matière, postulat de départ plus conventionnel, voire incongru... C'est pourtant à partir de ce début très convenu que va se dérouler devant nous une étrange et hallucinante expérience d'alchimie théâtrale où se marient des éléments qui pouvaient sembler fort disparates, voire incompatibles, à l'origine. Si le verbe de Frédéric Mistral y vient se confronter à la musique « jazzy », comme à l'ambiance nocturne d'une discothèque, il ne semble se heurter à elles que pour mieux s'en servir...

Les deux comédiens sont euxmêmes très vite habités par ces paroles comme par leurs personnages... A travers les mots du poète, puissamment évocateurs, c'est aussi tout un paysage, la faune, la flore d'une Provence tannée par le soleil, balayée par le Mistral, région au climat rude et aux moeurs volontiers machistes qui s'installe devant nous. Un pays où, sous une religiosité besogneuse mêlant chamanisme et catholicisme, s'expriment aussi des rapports sociaux d'où sourd parfois une violence propice aux plus funestes tragédies, comme celle qui nous est ici racontée.

Sidérantes compositions

Mireille est la toute jeune fille (15 ans) d'un riche fermier de la Crau. Elle fait la connaissance de Vincent, le fils d'un pauvre vannier. Les deux jeunes gens tombent éperdument amoureux l'un de l'autre. Ils veulent se marier. Mais c'est sans compter avec les contingences sociales : dans la Provence du XIXe siècle, on ne marie pas richesse et pauvreté. Le père de Mireille s'oppose formellement à cette union. Désespérée, la jeune fille s'enfuit de chez ses parents. Elle veut se rendre aux Saintes Maries de la Mer où Vincent lui avait donné rendez-vous en cas de malheur. Elle n'y arrivera que pour mourir d'insolation dans les bras de Vincent.

Alice Belaïdi (19 ans) compose une Mireille qui restera sans aucun doute inoubliable aux yeux de nombre de spectateurs, bouleversés par son interprétation quasi mimétique. D'abord toute jeune fille, femme-enfant puis amoureuse éperdue, elle sait dégager une puissance d'émotion rare qui pourrait bien, d'emblée, en faire une sorte de « monstre sacré », tout comme son partenaire Damien Rémy. Ici comédien-conteur, il introduit les « chants » successifs de ce magnifique poème épique et donne vie à tous les autres – nombreux – personnages de l'oeuvre, dont Vincent. « Donne vie », c'est peu dire ! En effet, usant de ses capacités de mimétisme – immenses : il a composé naguère un formidable Antonin Artaud – il nous les donne à voir et entendre avec un talent qui nous sidère.
 
Cette re-création du magnifique poème d'amour de Frédéric Mistral est une pleine réussite sur le plan théâtral comme sur celui de l'expression poétique. Au-delà de ses caractéristiques régionales, de ses racines terriennes, elle trouve enfin sa place parmi toutes ces oeuvres fondatrices où le particulier rejoint irrésistiblement l'universel.

Henri LÉPINE (Avignon)

Mireille, de Frédéric Mistral
Mise en scène : Gérard Gelas - Théâtre du Chêne noir
Avec : Alice Belaïdi et  Damien Rémy.

Tournée annoncée :
29 septembre 2006 à Gland (Suisse), 7 et 8 octobre à Cannes (06), 24 octobre à Millau(12), 10 novembre à Craon (53), 14 novembre à Charbonnières-les-Bains (69), 21 novembre à Brive-la-Gaillarde (19), 24 novembre sur la scène nationale de Valenciennes (59). Le 24 mars 2007 à Tarare (69).

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Published by Henri Lépine - dans En Région 2006-07
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