Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 19:13
PROFONDEUR ET LIMPIDITÉ QUI ÔTENT LE CAFARD

La Fura del Baus, ceux du grand spectacle et de la provocation, prend le texte de Kafka, l’étend, le tire et le peuple de nouveaux mots, le contextualise, explique le symbole, ôte le cafard (si l'on ose dire), enlève les ellipses, et offre une interprétation lumineuse et juste de La Métamorphose.

Le défi est pourtant grand d’adapter au théâtre le récit angoissant de Gregor transformé dans la nuit en cafard, emprisonné alors dans sa chambre. Or, La Fura y parvient. Le théâtre dans son expression la plus classique, avec ses planches, sa scène, ses dialogues, sert à abriter le texte d’origine, le présent dans lequel Gregor s’enfonce. De judicieux recours scéniques répondent aux difficultés que suscite l’adaptation du texte.


La cellule dans laquelle Kafka cache le corps monstrueux de Gregor devient sur scène une cage de verre, inamovible car toujours au centre de la scène, mais sur roulettes, pour être cahotée selon ses cauchemars et ses peurs, ou selon la volonté de sa famille. Les lampes de l’appartement, qui ne sont pas sans rappeler celles des polices politiques lors de poursuites nocturnes ou d’interrogatoires qui tournent à la torture, établissent un pont entre le monde de dehors et la réclusion de Gregor, l’obligent à rester dans son état de prostration, puisque les faisceaux de lumière rappellent l’existence de ce qu’il fuit. L’invasion audio-visuelle, celle de la musique, parfois trop illustrative et superflue, celle des images, en revanche parfaitement orchestrée et articulée, qui va jusqu’à la mise en abîme d’une fiction de film à laquelle les personnages eux-mêmes assistent, typique de la technique intrusive de la Fura au sein du public, sert quant à elle à raconter le passé de Gregor. Elle révèle ses relations avec sa famille, avec la société en général, la médiocrité de son travail, son insatisfaction généralisée, son impuissance à s’exprimer, son incapacité à exister, et glose admirablement le texte de Kafka, grâce au geste et à l’image, réaffirmant la marque de la compagnie catalane.

Derrière cette mise en scène complexe mais mesurée, existe une compréhension limpide, exceptionnelle de La Métamorphose. L’exploration du double, de la similitude entre homme et insecte au-delà de la métaphore textuelle, des divers espaces et dimensions, dévoile le sens total du conte fantastique de Kafka, ses ramifications, sans symbolisme ni incursion psychologiste. S’immergeant donc dans la simplicité crue et fascinante de l’écriture kafkaïenne, La Fura parvient à développer le texte, et à faire vivre et à s’affronter sur scène, la dépression la plus absolue qu’un sentiment d’abandon intégral et paranoïaque ne cesse d’intensifier contre la complexité cruelle des relations filiales, dont l’aboutissement réalise enfin la tension paroxystique entre sentiments naturels humains et spontanés, et hypocrisie des sentiments forcés que le devoir de mère, de père, de sœur, commande.

Voilà donc comment La Fura parvient à dérouler les plis de la narration serrée de Kafka, pour faire vivre le cafard rampant, coupable, châtié, mourant, jamais vengé, socialement condamné à jamais, que représente Gregor, morceau limite de nous-même, personnage qui, un jour, franchit cette limite et se voit interdit de retour.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

La Metamorfosis, de Kafka
Adaptación. La Fura del Baus
Avec : Gregor. Ruben Ametllé Amigo: Isak Férriz Madre: Angelina Llongueras Grete: Sara Rosa Losilla Padre: Artur Trias Figurant: Vensa Arévalo, Aarón Martín, Víctor Montesinos
Equipe artistique Directino artistique: Àlex Ollé
Direction scénique et dramaturgie : Àlex Ollé/ Javier Daulte
Textes : Javier Daulte Vidéo. Franc Aleu/Emmanuelle Carlier Scénographie : Roland Olbeter Musique : Josep Sanou
Costumes : Catou Verdier
Lumières : Pepe Capell/Javier Daulte/Àlex Ollé
Assistante de direction : Valentina Carrasco

Au théâtre Marìa Guerrero, Centre Dramatique National, Tamayo y Baus, 4, 28004 Madrid, + 34 91 310 29 49, jusqu'au 29 octobre 2007.

Partager cet article

Repost 0
Published by Frédérique Muscinesi - dans En Europe 2006-07
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche