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Festival d'Avignon

30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 15:48
SURVIE DES OMBRES HUMAINES

Les émotions sont anéanties. Les personnages sont ombres immobiles. L’appartement et le bar sont dépouillés : des murs gris sont déplacés, des espaces lumineux naissent et changent la silhouette des ombres humaines. Quelquefois, les personnages gesticulent, désespérés, les éclairages figent des masques effrayés sur leurs visages. La voix enregistrée de l’une des femmes en scène, la narratrice, remplace celles des autres comédiens, et commente chaque action. La présence d’une télévision, placée comme un spectateur, persiste sur scène. Les ombres humaines s’adressent souvent à la télévision, et l’une d’elles en sort. L’écran et sa culture de masse disparaissent lorsque la scène représente une chaîne de montage dans une usine, où les humains sont désormais devenus de simples automates.
 Photo © Elisabeth Carecchio

Les Marchands
est le dernier volet (après Au Monde et D’une Seule main) de la trilogie écrite et mise en scène par Joël Pommerat, sur la perte d’humanité dans la société technocratique. Il fond une histoire réaliste quotidienne dans un décor stylisé, lumineux et conceptuel, ressemblant aux intérieurs des magasins et restaurants à la mode. Alors qu’une usine est en train de fermer, une mère tue son enfant. Le meurtre désespéré crée un phénomène de protestation dans les médias. La mère est enfermée dans un hôpital psychiatrique pendant que l’usine est réouverte. La narratrice, amie de la mère, raconte l’histoire de son point de vue, celui d’une femme, le dos cassé, qui ne peut que travailler, qui se réjouit de ne pas finir au chômage.
Chaque ombre est stigmatisée grotesquement par une marque physique ou mentale (la mère parle avec ses parents morts, envoie son fils dans un monde meilleur ; la narratrice est enfermée dans un buste rigide pour la tenir droite durant son travail ; un politicien chante des chansons avant de donner les nouvelles de l’usine…).

Chaque comédien interprète au moins deux ombres humaines, parce que les hommes se ressemblent désormais, ils ne possèdent plus de particularités, n’ont que leurs marques de désespoir ou de fatigue, qui creusent leur physique ou leurs mouvements. Les corps bougent au ralenti, comme des images filmiques (mais le jeu d’acteur ne réussit pas toujours à se fondre au mouvement total de la scène, manquant ainsi d’intensité). Une cacophonie de bruits de la ville et de chansons, le changement d’éclairages rythment les mouvements des corps. Des noirs fragmentent l’histoire dans une dramaturgie de courtes scènes, comme dans un scénario.

Pommerat est metteur en scène de l’art actuel, musical et interdisciplinaire. Nous assistons finalement à un théâtre qui ne fait pas l’éloge des techniques et des esthétiques à la mode, mais qui sait raconter et faire réfléchir poétiquement sur la réalité.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Les Marchands, texte et mise en scène de Joël Pommerat, est présenté du 25 septembre au 28 octobre au Théâtre Paris-Villette.
Scénographie et lumières : Eric Soyer
Ecriture sonore : François et Grégoire Leymarie
Horaire de la représentation : lundi, mardi, jeudi et vendredi à 21h ; mercredi et samedi à 19h30 ; relâche dimanche
Information : Théâtre Paris-Villette Parc de la Villette – M° Porte de Pantin 01 42 02 02 68

Les textes Au monde, D’une seule main et Les Marchands ont été publiés chez Actes Sud-Papiers

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Published by Mattia Scarpulla - dans À Paris 2006-07
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