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Festival d'Avignon

1 octobre 2006 7 01 /10 /octobre /2006 15:29
SOUS LES DÉBRIS, LES SAGES

Dans le petit gymnase d’un village québécois qui sert de bibliothèque, quelques vieux barbons se lamentent. Le déluge et ses ravages boueux ont raflé les souvenirs minutieusement consignés dans des manuscrits. Une espèce de Fahrenheit 451 version aquatique qui aurait Dieu comme totalitaire instigateur. Les enfants ont quitté le village. Seul Dany, un enfant aux ailes d’ange, lunaire à souhait, mais l’esprit sur les épaules, va bénéfiquement apporter sa pierre à la reconstruction des mémoires. À quel prix ?

Photo © Claire Besse

Face à la fin d’un monde et la naissance d’un autre, le déluge va les sortir de leur torpeur et les mettre en situation de décider de la suite. Sam, efficace Henri Garcin, solitaire bougon, perfectionniste compulsif, usé et tourné vers le passé, va chercher obsessionnellement à remettre en place les bribes de la connaissance et des souvenirs. Dorothée, Anna Gaylor la touchante Anna Gaylor, et William, le très juste Philippe Laudenbach, puisque la réécriture et les corrections d’histoires, tentations éphémères ne sont pas possibles, vont se jeter à corps perdus et à cœurs résignés dans le refuge que leur offre la maison de retraite, où « des vieux se regardent vieillir », élégamment rebaptisée « l’Orée du paradis »… « et tout le monde sourit » poursuit le prospectus en vantant les vertus ; quant à Claire, la drôlatique Michèle Simonnet qui cite à tout bout de champ, comme si les anciens avaient déjà tout dit, ce qui n’oblige en rien à écrire davantage, et Marthe, la pétulante Antoinette Moya, elles sont bien décidées à empoigner la vie, même si leur bagage est mince, et à ne plus freiner leurs envies. Alors, survivre, surnager, abdiquer ? Ne s’accrocher à rien et avoir la tentation d’une île ? Ou en profiter pour larguer les amarres ?

La pièce de Bouchard n’est pas qu’une parabole sur la vieillesse ou la cruauté du temps qui passe, la solitude au crépuscule de la vie, l’abandon par les enfants, la famille décomposée et en souffrance, telle qu’abordée dans Les Muses orphelines y sont des thèmes présents. L’optimisme se dégage de la pièce, l’humour féroce y est omniprésent et la tendresse son alter ego.

C’est finalement Dany, l'angélique espiègle, aux gestes désordonnés, à l’allure de clown éclairé et faussement égaré, qui va commencer à réécrire les manuscrits. Immense Julien Cottereau – au propre et au figuré – qui nous décontenance au départ, puis qui nous méduse par la floraison continue de son talent au fil de la pièce.  Mais cet histrion, inattendue allégorie de la Vérité, à l’onirisme inquiétant, déterminé à fouiller l’histoire, va rétablir des vérités pas toujours bonnes à connaître, faut-il exhumer le passé ? Se préoccupe-t-on assez du présent, lui-même source d’incessantes manipulations, y compris dans les régimes les plus apparemment démocratiques ? Bouchard comme Carole Fréchette, sa comparse québécoise, écrit toujours à plusieurs niveaux, derrière les personnages et leurs histoires, la critique sociétale et la dénonciation des tentacules de l’encombrant voisin américain ne sont jamais loin, faisant de leurs écrits des armes de réflexion massive.

Stephen BUNARD (Paris)

Les Manuscrits du déluge, de Michel Marc Bouchard
Mise en scène de Laurence Renn
Scénographie : Rodolfo Natale
Distribution : Sam - Henri Garcin, Marthe - Antoinette Moya, Dorothée - Anna Gaylor, William - Philippe Laudenbach, Claire - Michèle Simonnet, Dany - Julien Cottereau
En savoir plus

Au Théâtre Tristan Bernard – 64 rue du Rocher 75008 Paris – Tél : 01 45 22 08 40
Jusqu’au 28 octobre 2006.

Texte édité aux Editions théâtrales

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Published by Stephen Bunard - dans À Paris 2006-07
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