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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

10 octobre 2006 2 10 /10 /octobre /2006 14:17
SOURNOISE ANIMALITÉ

Inspiré par le roman de Choderlos de Laclos, le dramaturge contemporain Heiner Müller a concentré en un texte d’une vingtaine de pages
Les Liaisons dangereuses, devenu Quartett. Robert Wilson s’approprie cette œuvre et un théâtre de l’Odéon flambant neuf pour cette mise en scène obscure mais prégnante.

Les crissements, les bruissements et les ricanements de « ceux » (peut-être de « ces choses » tant cela paraît inhumain) se mouvant sur scène, annihilent sur le champ le ronron de la mise en scène. Pas de gestes familiers, pas de sons audible, toujours trop haut dans le timbre, souvent trop fort, parfois en le miaulant, nous n’avons pas à faire avec ces personnages, à du coutumier. Isabelle Huppert, 45 kg de tête, de perruque et de robe devient le puissant monstre féminin aussi appelé Marquise tandis que Ariel Garcia Valdès, habillé rouge sang, crache sa haine et son dévolu sur les femmes de son temps. Merteuil le mène par la cravache. Par honneur et dans l’attente d’une nouvelle nuit en sa compagnie, il relève tous les défis que lui impose sa maîtresse de toujours. Mais, elle se dérobera à cette dette, rompant délibérément le lien, l’attachement qu’elle lui portait. «  Valmont. Je la croyais éteinte, votre passion pour moi. D’où vient ce soudain retour de flamme. Et d’une passion si juvénile. Trop tard bien sûr. Vous n’enflammerez plus mon cœur. Pas une seconde fois. Jamais plus. » En boucle, Marquise rabâche cette réplique et sous la douche de lumière, met à nu un cœur devenu sec par trop de cynisme et de devoir.

Dessin © Robert Wilson

Leur duel, B. Wilson le synchronise violemment, épurant au maximum les us et coutumes de la mise en scène. La lumière survient là où on ne l’attend pas, crue et brutale. Quand il utilise, peu ou prou, la couleur, celle-ci s’étale et balaie tous les corps sur scène : vert absinthe, rouge vermillon, panneaux flavescents. Scénographe de sa propre mise en scène, Bob Wilson fait se déplacer tous les éléments ou presque du décor, accordant à chaque un, quelques secondes de solo.
Orchestré par une musique originale de Michael Galasso, ce spectacle forme un tout, tendu vers l’irascible. Heiner Müller déclarait déjà en juin 1986 que son ami et metteur en scène Bob Wilson accordait « un traitement égal de tous les éléments qui constituent une représentation théâtrale. La lumière est aussi importante que le son. Les costumes et le décor sont exactement aussi importants que ce qui est joué, que le texte. Il n’y a pas de hiérarchie dans son théâtre, et donc pas de soumission des comédiens à un texte, pas de soumission du texte aux comédiens ou au décor. » Ramenés au plus près du dépouillement, les éléments scéniques accompagnent des comédiens décharnés et possédés par leurs différents personnages.

I. Huppert irradie en Merteuil persiflante et finalement bafouée ; Ariel Garcia Valdès impose l’animalité de Valmont, bave aux lèvres, prêt à bondir sur sa nouvelle proie. Les deux danseurs sacrifient leurs corps aux manigances du metteur en scène alors que le vieillard (image d’une dramaturge ?) badine de cour à jardin.
Du désordre dans l’ordre, de l’irrationnel au service de la construction théâtrale, cette mise en scène de Quartett par B. Wilson est déroutante, parfois incompréhensible mais sacrément prégnante. Pour les spectateurs aguerris, le plaisir peut se trouver dans la déstructuration de la mise en scène, l’utilisation non arbitraire des éléments scéniques et des comédiens de renom et la cohérence avec laquelle cela fonctionne.
En revanche, dès les premières séquences de la pièce, les spectateurs les moins résistants et/ou les plus novices verront dans cette initiation au langage de B. Wilson, un spectacle long et ennuyeux, visible uniquement par des initiés.

Priscilla GUSTAVE-PERRON (Paris)

Quartett, de Heiner Müller
Mise en scène, scénographie, lumières : Robert Wilson
Musique originale : Michael Galasso
Traduction : Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux
Costumes : Frida Parmeggiani Eclairages : AJ Weissbard Maquillages et coiffures : Luc Verschueren
Avec : Merteuil : Isabelle Huppert Valmont : Ariel Garcia Valdès Et Rachel Eberhart, Philippe Lehembre, Benoît Maréchal

Théâtre de l’Odéon Du 28 sept. au 2 déc. Du mardi au samedi 20 h. le dimanche à 15 h.
Location 01 44 85 40 40

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commentaires

Tullius 24/11/2006 21:59

"visible uniquement par des initiés" ???? A l'inverse, cette mise en scène vieillotte, transposable à n'importe quel texte, et qui massacre l'oeuvre de Muller semble plutôt faite pour épater le novice qui, tout tremblant devant cette machine hurlante, se sentira tout flatté d'avoir vu "un wilson". Cette mise en scène est tout simplement une insulte à  l'intellligence et à la culture théâtrale des spectateurs.

Chronique Fraîche