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Festival d'Avignon

12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 13:39
LE CRI DU SILENCE

Tout commence par la projection de Intra-Muros Mouvement : de 1999 à 2004, Franck Esnée conduit des ateliers de danse à la Maison d’arrêt de Besançon. Dans une salle nue et froide, Esnée essaie d’ouvrir les corps des prisonniers.

Les corps apprennent à parler. Les prisonniers semblent ne pas connaître leur corps, ni leur capacité à communiquer un discours par leur corps. Durant les premiers cours, les prisonniers sont invités à marcher, les bras posés le long du corps. Mais les bras semblent ne pas pouvoir se détendre, continuent à bouger sur le ventre, sur le visage, pour se défendre. Durant d’autres cours, les corps rient, honteux, et ne peuvent concevoir de se toucher. Les prisonniers apprennent la présence scénique, l’écoute de l’autre, la possibilité d’inventer. Au travers de la danse, les phrases de haine contre eux-même et la société, les gestes les plus communs pour eux, des gestes de violences, appris et subis, évoluent dans une douce relation avec le mur et avec l’autre.

Franck Esnée fait réellement crier ces corps, les fait s’ouvrir pour un instant de danse, d’une manière raisonnée, apprenant à réutiliser les enseignements.
 
Le Vol du flamant : Sur un plateau blanc comme les murs de la maison d’arrêt, trois corps sont silencieux. Immobiles. Les yeux dans le vide. Les éclairages font varier les ombres et les formes des corps. Des ombres de flamants en vol sont projetés sur le mur et sur les corps. Un homme parle, mots de rage, bribes de réflexions. Un autre homme se peint une main en gris, puis il tire de cette main un coup de pistolet. Un troisième homme reste très tendu, les mains quelquefois tournent lentement sur elles-même en touchant le bassin. Le corps marche, marche encore. Le vide des corps des prisonniers de la maison d’arrêt devient un silence crié dans la chorégraphie d’Esnée.
 
Durant une soirée au théâtre L’Echangeur, le documentaire de François Royet témoigne de l’action culturelle de Franck Esnée, et devient une création de danse-théâtre. L’art naît ainsi comme réflexion sur une activité socio-culturelle. Le documentaire est bref et incisif, instructif, disant seulement le nécessaire, sans tomber dans le sentimental. Le spectacle Le Vol du flamant donne à réfléchir sur les gestes de prisonniers, comme un écho poétique au documentaire. Les éclairages, le bruitage de paroles et de sons, les images et les mots projetés sur les murs et sur les corps accompagnent le cri silencieux du comédien.
Si le projet d’Esnée est très intéressant dans le passage de l’action socio-culturelle à l’action artistique, sa mise en scène reste pauvre, semblant encore en cours d’élaboration. Pourquoi redonner corps au vide et à la tension des corps des prisonniers ? Pourquoi ne pas donner corps à leur danse ? Pourquoi par exemple ne pas reprendre les gestes que les prisonniers ont inventé durant les ateliers, et rendre hommage à leur capacité de création ?

Le théâtre L’Echangeur accueille malgré tout le travail intelligent d’un artiste-pédagogue, qui nourrit la danse et le théâtre des quêtes les plus naturelles de l’existence, la capacité de communication, le besoin de respect et de réflexion.

Mattia SCARPULLA (Paris)

Le Vol du flamant, texte et mise en scène de Franck Esnée, compagnie Noce, est présenté du 5 au 21 octobre, au Théâtre L’Echangeur , du jeudi au samedi à 20h30, les dimanches à 17h, et avec relâche du lundi au mercredi.
Interprétation : Max Bouvard, Tonio Di Carlo et Fabrice Gaillard Création sonore : Yvan Etienne et Didier Boisson Création lumières : Philippe Breton Création vidéo : Guillaume Bertrand

Chaque soirée, la chorégraphie est précédée par la projection de Intra-Muros Mouvement, documentaire de fiction réalisé par François Royet
Informations : 01 43 62 71 20

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