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Festival d'Avignon

23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 10:27
JUBILATOIRE POLYPHONIE DE CADAVRES

Certains font tourner les tables pour espérer entrer en communication avec les morts. Patrick Kermann (1959 – 2000) leur donne la parole directement, depuis le cimetière de Moret-sur-Raguse, patelin imaginaire dont les trépassés ont bâti l’histoire depuis cent ans. Chacun d’eux y va de son passé, de ses douleurs, de ses rancoeurs, de ses blessures, en narrant son existence, les causes de son décès. Un vrai plaisir à savourer, même si tout cela est un rien morbide.

Eva Vallejo a puisé dans la bonne centaine de portraits épitaphes conçus par l’auteur. Tous ont leur langage. L’ensemble joue aux exercices de style avec une variété de tons fort réjouissante. Ainsi se tisse sous le regard des spectateurs la vie d’une population ordinaire confrontée à ses problèmes journaliers autant qu’aux événements de l’Histoire. Le défilé matérialise Eugène, le jeune militaire que sa profession d’électricien propulse au rang de bourreau durant la guerre d’Algérie. Puis ce sera la femme de ménage nymphomane, à qui bien des villageois mâles auront apporté jouissances multiples, le couple qui a décidé d’en finir en se suicidant, le noceur invétéré qui se vide par le haut comme par le bas jusqu’à en crever, l’enfant battu que ses parents massacrent… Ils sont innombrables. À chaque apparition, identité et dates s’inscrivent en couleur sur une grande paroi funéraire qui visualise à sa façon l’arbre généalogique de la bourgade. De l’inconnu anonyme oublié au héros militaire, de la prétentieuse à la timide, du râleur chronique au jaloux pathologique, l’inventaire est incommensurable.


Galerie inépuisable de caractères, la pièce explore l’humain, ses faiblesses, ses maigres grandeurs, ses doutes, sa précarité. Elle oscille du tragique au comique. Elle prend en compte les langages mêmes du théâtre. C’est que la mise en scène d’Eva Vallejo s’empare des mots pour les orchestrer dans un oratorio polyphonique où les voix des comédiens parcourent le murmure, la vocifération, le chant, le chœur parlé et les nuances possibles des cordes vocales avec ou sans micro. C’est aussi que le corps pèse de sa présence intégrale dans les mouvements, les gestes, les mimiques qui s’intègrent en une sorte de ballet où l’équilibre de plateau ne cesse de se modifier.

S’y ajoutent trois musiciens, de noir vêtus comme leurs confrères acteurs. Bruno Soulier au piano qui, après un passage fructueux à l’IRCAM, a composé des morceaux très contemporains. Léa Claessens est au violon tandis qu’Ivann Cruz est à la guitare électrique. D’où un trio dont la prestation dialogue en direct avec le jeu des comédiens de la Cie l’Interlude T/O. Tous déambulent, alternativement parodiques et pathétiques, dans le décor d’Hervé Lesieur, sorte de columbarium lumineux, éclairé par de froids néons, ancré sur un caveau qu’on devine entouré de terre que le fossoyeur ne tardera pas à jeter à nouveau sur les cercueils, parce malgré tout, il est difficile d’apprivoiser la mort.

Michel VOITURIER (Lille)

La Mastication des morts
Texte : Patrick Kermann (éd. Lansman, coll. Classiques de Demain)
Mise en scène et adaptation: Eva Vallejo
Musique : Bruno Soulier
Scénographie : Hervé Lesieur Lumières : Xavier Boyaud Costumes : Dominique Louis et Sohrab Kashanian
Comédiens : Corinne Bastat, Pascal Martin-Granel, Michel Quidu, Eva Vallejo.

Tournée dans le nord :
À l’Idéal de Tourcoing jusqu’au 25 octobre et du 7 au 9 novembre (0320 14 24 24)
Au Théâtre municipal de Montreuil-sur-Mer du 5 au 8 décembre (321 90 38 15)
À la Comédie de Béthune du 2 au 4 mai 2007 (0826 802 600)

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