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Festival d'Avignon

24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 15:19
LA PAROLE À L'AGONIE

À l’occasion du festival Samuel Beckett, qui célèbre le centième anniversaire de la naissance de l’auteur irlandais, Bernard Lévy met en scène Fin de partie au théâtre de l’Athénée jusqu’au 28 octobre. Une pièce de l’anéantissement et un hymne à la parole.

« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. » La première réplique donne le ton. Fin de partie a de quoi effrayer le spectateur. La fable beckettienne raconte la lutte, en phase terminale, de deux hommes, Hamm et Clov, père et fils, maître et esclave, qui ne peuvent être l’un sans l’autre et qui pourtant travaillent le temps de la pièce à leur rupture. Dans une atmosphère pesante de fin du monde, les personnages ne cherchent pas la promesse d’un espoir, d’un possible salut. Retranchés dans leur « refuge », Hamm et Clov n’attendent plus rien. Fin de Partie est le côté obscur d’En attendant Godot.

Photo © DR

Et cette avancée vers la mort est une épreuve pour le spectateur que Beckett plonge dans une interrogation absolue. Hors lieu, hors temps, hors Histoire. Le texte fonctionne à la manière d’un trou noir. Inéluctablement, il aspire l’existant, le vivant, l’organique. Le dialogue entre les deux personnages défait ce qu’il construit. La certitude d’Hamm est engloutie par l’incertitude de Clov. Seuls la parole et le balancement mécanique du geste sont irréductibles à ce travail de l’anti-matière. Paradoxalement, cet anéantissement « in progress » est le temps de la création. Fin de partie est une genèse de l’apocalypse. C’est à cette branche que le spectateur peut se raccrocher. Et pousser un « ouf » de soulagement. Car la langue dans la pièce permet aux personnages de s’accrocher aux lambeaux de la réalité qui les entourent. La parole d’Hamm est le prolongement de son corps débile, de sa vue défaillante. Le départ de Clov marque moins l’achèvement d’une relation filiale que la fin de la parole. C’est dans la langue que se tissent les sentiments, dans les histoires que s’immiscent les rêves. Fin de partie explore ainsi l’angoisse d’un monde sans voix et peu à peu s’achemine vers le silence. « Rien est plus drôle que le malheur », affirme Nagg, le géniteur d’Hamm, qui expie dans sa poubelle son péché originel. "Rien" est plus terrifiant que le silence.

Bernard Lévy orchestre sur scène ce principe de destruction créatrice. Le metteur en scène a choisi de respecter scrupuleusement les indications scéniques de l’auteur. La projection du texte sur le rideau introduit le spectacle, comme si ce voile était une frontière entre la vie et la scène. La fin d’un monde, et le commencement d’un autre, précisément en train de mourir. En restant dans l’écriture verrouillée de Beckett, Bernard Lévy réussit à gagner sa liberté et à conquérir le spectateur peu enclin à écouter les jérémiades de deux vieillards. Le décor, dont les contours sont tracés au câble noir, laisse la parole fuser dans un espace des possibles, avant que la lourdeur de l’existence ne vienne l’entraver. Rien n’est acquis dans . Ni le combat que se livrent les deux personnages. Ni le sens de la pièce, toujours malmené par une ironie maîtresse du jeu. Ni même l’attention du spectateur, poussé dans ses retranchements par la noirceur beckettienne. Bernard Lévy se prête à l’exercice, et comme les acteurs, il est bon joueur.

Marion GUÉNARD (Paris)

Fin de partie, de Samuel Beckett
Athénée-Théâtre Louis Jouvet - Square de l’Opéra Louis Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris
Réservation 01 53 05 19 19 - Jusqu’au 28 octobre 2006

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Published by RUEDUTHEATRE - dans À Paris 2006-07
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