Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

25 octobre 2006 3 25 /10 /octobre /2006 10:28
WAGNER AU VITRIOL

La fougue conservatrice de Wagner filtrée par la flamme subversive de Castorf : les adeptes de la verve provocatrice du metteur en scène berlinois hument comme un délicieux parfum de tempête... Pour les curieux encore vierges du fantasme castorfien, Meistersinger est l’occasion de se sensibiliser à l’univers décalé, charnel, exaspéré du célèbre leader de la Volksbühne de Berlin.

La pièce est un bijou de folie, d’exagération, et d’absurde. L’opéra prestigieux de Wagner se transforme en farce, les sopranos en bouffons, le tragique en absurde. Plus inquiétant, le décor sanglant, comme blessé à vif qui crie la violence obsédante de l’espace, griffé de lettres rouges. L’environnement signé par le déluré Meese, artiste fidèle à la scène de Castorf, ne nous dissimule rien du ton de la représentation. Un décor de papier souillé de mots bruts, tout en symbole : quatre colonnes d’un temple de ce royaume en carton-pâte, taguées d’un « Jail » (prison) dégoulinant, trônent sur scène. Au fur et à mesure du crescendo dans l’exhubérance, le décor ne cesse de se mouvoir : des pancartes se déroulent, disparaissent, tandis que les personnages, survoltés, abusent de supports et de panneaux peinturlurés de légendes absurdes. Une vaste dérision ? Castorf ne s’en contente jamais. Progressivement les pistes se brouillent. Du loufoque, on bascule au malaise. Le décor agressif tourne à la propagande. De la nostalgie wagnérienne de l’Allemagne traditionnelle se dégage une odeur délètere. La masse encensée est redoutable.

Photo © Thomas Aurin

Sur le terrain wagnérien, Castorf a trouvé matière à cracher sa fureur subversive. Les masques tombent. L’œuvre de Wagner est déformée, ridiculisée, piétinée, maltraitée comme une chair sclérosée dont il faudrait extirper le mal. Bassesse, passion, violence, rongent le grandiose édifice wagnérien. L’infernale machine à idôlatrer, qui fut inspiratrice du nazisme, est mise en branle. Peu à peu le wagnérisme, mélomane jusqu’au délire, envahit les esprits . C’est la vérité qui vomit de cette mascarade décharnée. Et c’est bien là le génie de cette pièce insoutenablement démesurée : du chaos, la lumière perce, et tous les rôles sont redistribués : la violence de Castorf n’est rien à côté de la perversion de Wagner. On en sort épuisé, dérouté jusqu’au dégout. Pourtant, il y a comme un air de délivrance dans cette terreur organisée. Car une fois encore, Castorf dérange au nom de la mémoire et de la liberté individuelle.

Elsa ASSOUN (Berlin)

Meistersinger, de Frank Castorf, d’après Richard Wagner / Les Maîtres-chanteurs

Volksbühne am Rosa-Luxembourg Platz à Berlin. 22.10/ 29.10/12.11/19.11.2006.
Théâtre national de Chaillot à Paris du 10 au 12.01.2007

Partager cet article

Repost 0
Published by RUEDUTHEATRE - dans En Europe 2006-07
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche