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Festival d'Avignon

25 octobre 2006 3 25 /10 /octobre /2006 11:14
LA TENTATION DU GROENLAND

Quelle autre destination que le Groenland serait plus inaccessible à une enfant de trois ans ? Sorte de désertion de son rôle de mère, d’épouse et de femme, le texte Le Groënland de Pauline Sales, auteure et comédienne trentenaire, pousse la femme dans ses plus intimes désirs de fuite. A la poursuite d’un point imaginaire.

Pour chacun de nous, le Groenland, qui dans la graphie française d’avant 1850 s’écrit Groënland, est un territoire autonome rattaché au Danemark. C’est la deuxième plus grande île de la planète après l’Australie. Et, cette destination évoque en chacun de nous le soleil de minuit et les aurores boréales. Autre fait intéressant, l’histoire a mené le Groenland vers l’autonomie. Pas étonnant puisque dans ce texte, c’est le point de fuite d’un monologue. Revenons-en aux faits. Une jeune femme s’adresse à sa fille, lui donnant tour à tour recommandations et interdictions. Finalement, elle lui apprend qu’elle va partir pour le Groenland. Voilà une idée saugrenue. Vouloir ainsi redonner un sens à sa vie, c’est bien ce que tente de faire cette mère démissionnaire.

Debout sur scène, habillée d’un manteau blanc comme pour appeler le paysage de sa fuite, les cheveux tirés, des lunettes avec un petit air coincée, elle s’adresse à sa fille face au public. Puis, souvent elle se retourne et de dos, clame son désespoir. « A qui ? Pour qui et pourquoi ? » peut-on s’interroger. Comme si de cette façon, cette enfant ne pouvait entendre le délabrement de sa vie. C’est ainsi que se déroule la mise en place de la lecture. Sobre. Longue et rythmée. De face ou de dos : le discours n’étant pas le même. Quant elle lui tourne le dos, elle lui parle « de la violence du quotidien qui vient cogner, (...) l’envahissement des nouvelles du monde. » Elle semble enragée.

Avant ce départ, qu’elle envisage sans vraiment le programmer, elle balance des vérités enrobées d’humour sur la vie, les mères, les hommes, le bonheur. « Tiens celui là, en a-t-on jamais fini avec le bonheur ? » Avec son allure un peu stricte et froide, elle ressemble aux mères romantiques d’aujourd’hui, le cynisme en plus. « Ma chouette, mon loup », lui dit-elle, avant de lui conter des faits divers effrayants, des histoires de famille glauques, remplies d’une tendre insolence figurant autant de poses textuelles que d’angoisses monstrueuses. Alors, comme pour changer de sujet : elle aborde le pire. Et puis, elle se livre : « Que veux tu que je fasse dans cette ville ? Ce n’est pas le temps qui est désolant, c’est le temps vécu. »

Viennent ensuite d’autres questions existentielles comme celle de savoir ce qu’est une bonne mère. On s’aperçoit que les adultes sont loin du château de sable humide qu’ils construisent ailleurs… Elle se retourne comme pour mieux abandonner, et encore une fois de dos, elle évoque sa fugue, son départ, refuse l’inertie, dénonce son immobilisme, s’écrie vouloir courir… Et puis, elle semble ne plus souhaiter laisser cette enfant, alors elle lui déclare : « on va jouer à dormir n’importe où, compte jusqu’à 100, il passera certainement quelque un d’ici là ! » C’est finalement l’histoire d’une mère qui va dans la fiction pour trouver sa vraie vie car sa vie ne lui ressemble pas. Et puis, l’auteur perd le fil du récit comme pour mieux masquer encore sa propre fuite. Une déroutante tentative d’échappée féminine.

 Christelle ZAMORA (Montpellier)

Le Groënland, de Pauline Salès
Ce spectacle a été joué au Théâtre d’O de Montpellier le 11 octobre, il sera suivi de textes de David Lescot les 14 et 18 octobre. A voir également de Pauline Sales : Désertion le 21 octobre 2006. Informations Théâtre d’O : 04.67.67.66.66 Lectures-spectacles par la Compagnie Machine Théâtre.

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Published by RUEDUTHEATRE - dans En Région 2006-07
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