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Festival d'Avignon

26 octobre 2006 4 26 /10 /octobre /2006 10:13
LES DERNIÈRES LARMES

Un air d’accordéon, un espace exigu : bienvenue à Saint André, petit village de France où vont se jouer les retrouvailles d’une nuit entre une mère et son fils.

Soudain un son, un coup lourd, oppressant, comme un prologue à cette réunion. D’emblée l’extrême complexité de la relation familiale est donnée, le fils après sept ans d’absence demeure muet et statique devant sa mère décharnée par la solitude. Entre eux, un secret de campagne, le père, apparemment déporté pendant la guerre, à la suite d'une querelle entre villageois au sujet de la remise aux autorités d’un jeune juif. Le fils, hanté par cet évènement demeurant obscur, glane des informations afin d’écrire un livre.
 
Dans chaque geste et chaque parole la tension est palpable et grandissante, cette nuit sera la nuit de la vérité et par la même de la douleur… Les retrouvailles s’effectuent d’abord sur le devant de la scène, puis le rideau s’ouvre et l’espace devient plus vaste certes, mais il n’en est pas moins un lieu de l’enfermement. L’espace circulaire, rempli de graviers blancs et d’une façade de maison en carton noir, devient une prison mentale dans laquelle évoluent les personnages. Ce cercle se transforme très vite en arène où les protagonistes s’affrontent au sujet de la fuite du fils et des silences de la mère, puis l’espace devient un instant un cocon, où la mère nourrit son fils et où l’émotion atteint son paroxysme avec la remise des preuves consignées par celle-ci afin que son fils puisse écrire son ouvrage. Enfin la scène devient l’effroyable métaphore de la petitesse du monde, le fils apprend à sa mère qu’il connaît la vérité sur son père, que celui-ci loin d’être un héros de guerre est un lâche qui a refusé sa paternité et qui a préféré fuir, abandonnant femme et enfant. L’espace scénique devient alors le théâtre des aveux d’une mère qui a choisit son fils mais celui-ci ne lui suffit pas pour vivre. Terrible constat qu’elle effectue dans ce lieu étroit devenu la métaphore de son monde dans lequel elle n’a plus sa place, depuis que l’homme qu’elle aime et vénère est parti.

Les jeux de lumières évoquent la dualité de la lumière qui se fait dans la nuit à travers une esthétique épurée du noir et du blanc. Une lumière rouge déchire quelques secondes la scène, le fils pris de folie tente d’étrangler sa mère qui l’a fait vivre chaque jour auprès d’une ombre paralysant leur vie. Puis vient l’aube et avec elle la séparation, et là de manière inattendue, le père apparaît, le décor évolue, la maison devient bleue, blanche et rouge, et le père se livre à un monologue de présentation. L’homme brillant décrit par la mère s’avère être le simplet du village. Alors ce retour soudain déstabilise le spectateur, cette dernière séquence métaphorique et profondément théâtrale présente plusieurs niveaux de lecture, tout est remis en question, notamment la valeur de la parole humaine et ceci fait parti de l’incroyable force du texte, celui-ci est toujours nuancé et quelque part profondément lyrique dans sa sublime mouvance et sa grande liberté d’interprétation.

Cette comédie nocturne s’apparente à une tragédie où finalement chaque acte humain rétrospectivement est abstrait et où dire demeure impossible. Michel Raskine sublime la profondeur de ce texte grâce à une mise en scène subtile et intelligente, le jeu des acteurs est fascinant, notamment Marief Guittier qui apparaît comme une figure tragique et grandiose d’un pathétique absolu.

Audrey HADORN (Lyon)

Mère et fils, comédie nocturne
De Joël Joanneau
Mise en scène : Michel Raskine
Avec Marief Guittier, David Mambouch, Christian Ruché
Créé le 13 Octobre 2005 au Théâtre du Point du jour. Du 14 au 19 Octobre 2006.

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