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Festival d'Avignon

27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 10:24
FERNANDO PESSOA A-T-IL EXISTÉ ?

Fernando Pessoa et quatre de ses créations. Une réalité et quatre fictions. Ou bien quatre réalités et l’unique fiction que serait Pessoa face à ses créations ?

Arrive une femme, Ofelia, personnage, amante véritable. De sa lanterne, elle plante le début de la narration. Brusquement, sans préambule, sur une scène sombre et quasi sans décor – quel décor pourrait être celui d’une non vie ? -, elle entraîne le public à voir à écouter l’histoire d’un homme qui passa sa vie à chercher et trouver les recours les plus ingénieux pour « s’épargner la douloureuse tâche de vivre ». Par chance, il fut poète.


Accompagné de ses créations les plus envahissantes, Pessoa joue volontairement son rôle de marionnette abandonnée à ses propres personnages. Alberto Caiero, le paysan, le poète matérialiste, le chantre de la simplicité, soutient son bras, Álvaro de Campos, l’ingénieur pressé de vivre et de sentir, l’insatiable, sa tasse de café, et, Ricardo Reis, le médecin tranquille, boit le chaud breuvage, dont Pessoa parvient encore à savourer le goût, malgré la confiscation de ses gestes, de ses membres, de son corps. Qui était donc assis dans les cafés de Lisboa ? Qui y voyait-on ? De qui est la statue sur la place de Camoens ? De la vie à la mort de cet homme sans histoire, il n’est qu’un pas court et rapide que s’empresse de faire la narratrice, évacuant cruellement en une phrase rude une vie sans événement dont elle rend entièrement coupable le poète, une vie dont personne n’est sûr qu’elle exista. Mais sa mort fut-elle plus réelle ? Pessoa couché ne sent pas davantage son corps, sa douleur n’est toujours pas physique. Son âme le fait souffrir, son âme descendue jusqu’à son foi malade. Le médecin est un autre de ses personnages. Ofelia est l’infirmière. Il est pourtant à l’hôpital. Il meurt. Vraiment ? Exista-t-il quelque chose de Pessoa hormis les poèmes de ceux qu’il inventa ? Inventa-t-il les poèmes, ou seulement les personnages, poètes hors de lui ? Qui fut plus vrai ? Pessoa ou les autres ?

Cette vision problématique, blanchotienne, originale, riante, ironique, démythifiante, à la sobre mise en scène, est un hymne à la littérature. Elle est une heureuse et belle conception du rapport entre réalité et littérature, bien qu’impitoyable pour le poète, qui n’appartient à rien, qui erre dans un espace indéfini, peut-être inexistant, pas même onirique. Car son souvenir même se dilue dans la découverte progressive de ceux qui furent ses personnages. A mesure qu’augmente la reconnaissance du poète, que restent son image et ses textes, s’efface, vacille, pâlit la réalité de l’homme, dont les actes insignifiants ne trouvèrent pas d’yeux pour les garder en mémoire, ne trouvèrent jamais de bouche pour être racontés. Quatre acteurs essaient encore de croire, de suggérer avec peine l’existence de Pessoa mais ne peuvent donner aux spectateurs que le vague pressentiment d’un passage, d’un souffle, d’une présence ancienne. Et les poèmes, qui eux, sans doute, existent.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Acerca de la esrategía más ingeniosa para ahorrarse la penosa tarea de vivir
Compagnie Toda Vía Teatro
Auteur et metteur en scène : Paula Giusti
Assistant metteur en scène : Sébastien Brottet-Michel
Interprètes : Ofelia/ la narratrice : Daniela Villalba Fernando Pessoa : Daniel Cabot Ricardo Reis : Facundo Vega Ancheta Álvaro de Campos : Pablo Delgado Alberto Caeiro : Pablo Salas Scénographie, lumières et costumes : Toda Vía Teatro
Musique : Jean-Jacques Lemêtre

Festival de Otoño : 11 octobre – 9 novembre Teatro Pradillo C/ Pradillo, 12

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Published by RUEDUTHEATRE - dans En Europe 2006-07
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