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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 15:02
ÊTRE HUMAINE

Zouc, c'’était l’autre dame en noir, aussi sensible et dramatique que Barbara mais plus drôle. Elle était seule en scène et mettait au monde des personnages de petites filles ou de petites vieilles drôles et cruelles.

Souvenez-vous de la petite fille émerveillée par une fourmi, et qui finissait par l’écraser. Il faut bien que l’enfance se passe. Zouc s’est retirée des scènes de théâtre, il y a une bonne quinzaine d’années. Elle vit aujourd’hui en Suisse et se contente de vivre sa vie. Ça la regarde. Mais en voyant ce spectacle, on se rend compte à quel point elle nous manque.

Zouc par Zouc est l’adaptation théâtrale d’un texte écrit par Hervé Guibert. L’écrivain, décédé du SIDA en 1991, auteur entre autres ouvrages du « Protocole compassionnel » et de « À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » était très ami avec la comédienne. Alors qu’ils avaient un peu plus de vingt ans, Hervé Guibert demanda à Zouc de lui raconter sa vie durant huit après-midi d’affilés. Il dit s’être contenté de l’écouter et de retranscrire ses paroles.
 Photo  © Jérôme Presbois

De ces rendez-vous en douce et de sa belle écoute est né un texte dense et superbe qu’interprète aujourd’hui Nathalie Baye. La comédienne entre en scène simplement, se plaçant face au public. Elle a gardé la robe noire de Zouc et mis des souliers rouges pour imprimer peut-être sa propre empreinte. Dieu sait si elle ne ressemble pas physiquement à Zouc qui était bien plus massive, avec un teint de faïence et des cheveux noirs tirés derrière la nuque. Mais, dès qu’elle arrive, on y croit, car elle lui ressemble par l’essentiel. Par son prodige de comédienne, Nathalie Baye s’est emparée de l’intériorité de Zouc. On retrouve sa simplicité d’être, sa luminosité, sa gravité, sa douleur de vivre dans un monde aussi dur, sa bienveillance aussi. Zouc est là. Nathalie Baye aussi. Et c’est drôlement bien.

« Il fait toujours très chaud dans mon souvenir. Je suis assise contre un talus, ou appuyée à une barrière et tout ce que je regarde me rend triste, et j’ai toujours une main qui caresse de l’herbe, pétrit du sable ou fait rouler des petits cailloux. »
. C’est ainsi que commencent la pièce et la vie de Zouc. On est tout de suite dans l’ambiance. Celle d’une enfant triste déjà lucide sur le monde et tous ses gâchis, en vies humaines surtout. Une enfant à l’imagination débordante qui connaît la messe des morts par cœur et qui s’amuse dans les églises. Une enfant consciente de la comédie humaine et qui développe très tôt son propre théâtre intérieur. Au point de passer pour folle.
À l’adolescence, l’asile psychiatrique lui apprend à lire la vie des autres. Une double lecture, il y a la vie qu’ils racontent et celle que Zouc devine en les regardant vivre. Zouc sera toujours une lectrice assidue des êtres. À l’âge adulte, elle devient conteuse et raconte sur scène toutes les histoires qu’elle a lues dans le cœur des autres.

Plus que sa vie, Nathalie Baye interprète la genèse de Zouc, la construction de son être, son voyage intérieur.
Elle restitue ses pensées et réflexions. C’est tout un monde qui s’ouvre devant nous. Grave et drôle à la fois.
Pour cette traversée en solitaire, elle évolue dans un décor simple. Des chaises côte à côte et une table. Cela pourrait être une salle d’attente. C’est encore et toujours un lieu d’observation. Point de vue et images du monde. En même temps qu’elle raconte, la comédienne passe beaucoup de temps, assise, à plier et déplier un petit mouchoir blanc. Un petit mouchoir modeste et propret, plein de plis et de replis où l’on peut cacher ses larmes et ses rires. Un petit mouchoir qu’on lisse avec soin, comme une main qui caresse de l’herbe, pétrit du sable ou fait rouler des petits cailloux… C'est parfaitement simple, c'est simplement parfait.

Agnès GROSSMANN (Paris)

Zouc par Zouc
L’entretien avec Hervé Guibert Interprété par Nathalie Baye
Mise en scène de Gilles Cohen

Théâtre du Rond-point 2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt 75 008 Paris
Réservation : 01 44 95 98 21
Jusqu’au 30 décembre 2006

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