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Festival d'Avignon

6 novembre 2006 1 06 /11 /novembre /2006 17:04
LE SENTIMENT TRAGIQUE DE LA VIE

VSPRS. Vêpres sans voyelles. Mort sans fuite. Pont au-dessus des époques unies dans l’expression du sentiment tragique de la vie. Cette œuvre géniale redécouvre la finitude et l’impose sauvagement, entre affirmation post-moderne des identités et exhibition ironique de la mort sur une folle esthétique de Danse Macabre, où les hommes sont les propres démons du Jardin des Délices.
 
Onze danseurs de nationalité différente campent l’humanité. Chacun danse ses peurs, son histoire, ses frustrations, seul ou à deux, malgré soi, dans une chorégraphie de transe involontaire, une danse testamentaire, la danse d’un Ça vengeur, à l’heure de mourir. La mannequin, double dégingandé de la russe femme fatale, l’enfant guerrière écossaise révoltée et honteuse qui veut partir, qui ne cèdera pas, qui veut le sauter le mur, le politicien américain carriériste, contrôlant le monde, dont le destin qui le mène à la mort lui échappe en vain, sont quelques uns des personnages si singuliers, si seuls, qui se succèdent en une farandole angoissante dont le terme commun ne peut être que la mort.
 Photo © DR

La mort tout de suite, ou la mort dans quelque temp. Des spasmes s’insinuent progressivement dans les corps des danseurs, selon le rythme de leur peur et le degré de leur faiblesse, et bientôt l’hystérie générale les entraîne dans l’exubérance et emportent leur voix en cris à peine humains, désespérés, qu'intensifie en une brutalité la beauté du chant de la soprano, atteignant là le sublime, fascination du beau et du danger, le mélange de l’homme et de la bête. Et comme l’homme est homme, il rit encore. Car il faut troubler le désespoir avec la première chose que l’on trouve, des plus vulgaires et prévisibles, pour faire rire, vite, l’urgence du rire, pour vivre, pour occulter la mort du grand rire désespéré, mais pas seulement.

Le rire selon Platel tient aussi du rire gras rabelaisien, ce rire franc, ce grand éclat qui ose défier la mort et qui vient du plus loin, des entrailles. C’est le rire de l’homme qui rit de son sort en parlant de la merde, en faisant un poème au caca. Le poème au caca est le plus sûr moment humain, le plus désespérant, le plus riant, le plus grotesque, courageux et laid. La chorégraphie, que les danseurs ont directement contribuée à créer, détient une force et une cohérence impressionnantes procurées par la maîtrise technique ahurissante de tous les acteurs de cette oeuvre. Car ils durent explorer et approfondir les voies et les impasses où la complexité de la vision de Platel pouvait mener, y laissant plus que leurs idées, plus que leur technique, une puissante identification, feinte ou non, totalement crédible, avec leur personnage.

L’impact du mouvement des corps des danseurs, la beauté de l’adaptation de l’opéra, la perfection de l’exécution musicale et l’expressivité de la soprano, confèrent à ce spectacle une charge émotionnelle qui frôle l’insupportable. Le spectateur, jeté dans le monde fou de l’époque médiévale, dans un charivari imposé, où les personnages sont de pauvres hommes modernes incapables de mourir, reste coi devant tant de beauté, de plaisir esthétique, si rare, d’harmonie, de complétude et simultanément de profonde angoisse, devant la perfection de cette pièce moderne et, depuis toujours, là.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Spectacle présent à Avignon In 2006.

Festival de Otoño Teatro de la Zarzuela C/ Jovellanos, 4 + 34 91 524 54 10

VSPRS, Idée et mise en scène : Alain Platel
Musique : Fabrizio Cassol
A partir des Vêpres de Monteverdi en collaboration avec Wim Becu et Tcha Limberger
Dramaturgie : Hildegard de Vuyst
Assistante de mise en scène : Juliana Neves
Dramaturgie musicale : Kaat de Windt
Dansés et créés par : Quan Bui Ngoc, Mathieu Desseigne Ravel, Lisi Estarás, Emile Josse, Iona Kewney, Samuel Lefeuvre, Mélanie Lomoff, Ross McCormqck, Elie Tass, Rosalba Torres Guerrero et Hyo Seung Ye Soprano : Cristina Zavalloni
Musique interprétée par : Tcha Limberger : violon et flûte Vilmos Csikos : double basse
Ensemble Oltremontano sous la direction de Wim Becu : Wim Becu et Adam Woolf : sacabuches Marleen Leicher et Jamie Savan : cornettes Aka Moon : Fabrizio Cassol : saxophone Stéphanie Galland : percussion Michel Hatzigeorgiou : basse, guitare, bouzouki
Scénographie : Peter de Blieck
Costumes : Lies Van Assche
Lumières : Carlo Bourguignon
Son : Alexandre Fostier

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Published by RUEDUTHEATRE - dans Festival In 2006
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